Tétine pour bébé : avantages et inconvénients

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Pourquoi donner une tétine à un bébé ?

Plus encore qu’un besoin, la succion est un réflexe archaïque pour le nourrisson. Dès lors que quelque chose se présente à sa bouche, il se met à le téter, comme il le faisait déjà dans le ventre de sa maman. « La succion permet au nourrisson, non seulement de se nourrir par le biais du sein ou du biberon, mais également de se rassurer, de s’apaiser, de mieux dormir et même d’éliminer, car la succion favorise l’ouverture des sphincters », résume la consultante en lactation.

Téter permet en effet de favoriser la sécrétion d’endomorphine – hormone du plaisir et du bonheur – chez le bébé, le préservant des angoisses et lui provoquant un sentiment de sécurité.

Certaines études montrent même que la tétine faciliterait l’acquisition des rythmes de sommeil et réduirait les risques de mort subite du nourrisson, vraisemblablement parce qu’elle maintient la langue en avant et libère les voies respiratoires.
Pour ces différentes raisons, la tétine est un atout précieux pour le jeune bébé, et il serait dommage de la lui interdire s’il en manifeste le besoin.

Déformation du palais, échec de l’allaitement, retard de la parole : quelles conséquences à la tutute ?

Toute aussi précieuse puisse-t-elle être pour le bébé, la tétine est souvent pointée du doigt par les professionnels de santé. Accusée de déformer la bouche de l’enfant, ou de nuire à la mise en place de l’allaitement, comment faire la part des choses et l’utiliser correctement pour éviter ces problèmes.

Est-ce que la sucette déforme les dents des enfants ?

Les professionnels de la dentition sont unanimes sur la question : oui, la tétine favorise la déformation du palais et donc potentiellement de la future dentition de l’enfant. Et contre toute attente, d’après une récente étude menée à l’université de Nice, elle serait même plus néfaste à cet égard que peut l’être le pouce. L’explication ? « Le premier facteur de méfaits est la durée horaire passée avec la tétine sur la journée », insiste le Dr Kerbrat. Or, en pratique, un bébé à tétine la garde bien plus longtemps dans la journée que celui qui tète son pouce. « Lorsqu’un bébé pleure, s’impatiente ou râle, le réflexe des parents est bien souvent de lui mettre la tétine dans la bouche pour le calmer : chose qu’il est impossible de faire avec le pouce » explique l’orthodontiste.

Par ailleurs, un bébé qui tète son pouce est obligé le retirer de sa bouche lorsqu’il a besoin de se servir de ses mains, contrairement à la tétine qu’il peut garder pendant toutes ses activités. Or, pendant les premiers mois de vie, la voûte palatine est très souple et malléable, et elle va donc se modeler en fonction des pressions qui s’exercent dessus.

Dr Jean-Baptiste Kerbrat, chirurgien maxillo-facial et stomatologue : Lorsque le bébé tète, sa langue se positionne en bas et non contre le palais comme elle le devrait, et celui-ci ne se développe pas convenablement.

Deuxième problème : un bébé qui tète ne respire plus par le nez, mais par la bouche. « La position de la langue et la respiration sont les deux moteurs du développement des mâchoires », insiste le spécialiste. Le palais devient plus étroit et plus creux, et la mâchoire n’est pas assez large, ce qui induit nécessairement une mauvaise position des dents

Comment limiter le problème ?

Il est toutefois heureusement possible de concilier tétine et dentition saine, en veillant à en limiter l’usage quotidien et sur la durée.

« Je conseille aux parents de ne pas avoir systématiquement le réflexe tétine, dès que l’enfant pleure. Il faut idéalement la réserver à l’endormissement, et si possible, la lui retirer doucement dès qu’il est endormi, ou dès qu’il est apaisé » recommande le stomatologue. Enfin, l’enfant doit idéalement pouvoir s’en passer aux alentours de 3 ans au plus tard, soit l’entrée à l’école, afin d’en limiter les conséquences.

Les tétines ergonomiques et les tétines américaines avec trous ont-elles un intérêt ?

Aussi appelées sucettes orthodontiques ou physiologiques, ces tétines à la forme asymétrique permettraient à la langue du bébé d’être mieux soutenue pour permettre au palais de se développer sans déformation et de limiter le mauvais positionnement des dents. Alors, produit miracle ou opération marketing ? « Les tétines orthodontiquesn’existent pas ! », s’insurge le Dr Kerbrat. Quelle que soit sa forme ou le matériau dans lequel elle est confectionnée, la tétine induit un mauvais positionnement de la langue et donc potentiellement une déformation de la bouche si elle est utilisée trop longtemps et trop souvent. « La succion non nutritive n’est pas physiologique », rappelle le stomatologue.

La tétine dès la naissance peut-elle nuire à la réussite de l’allaitement du nourrisson ?

Accusée de provoquer une confusion « sein tétine », la tétine pourrait ainsi perturber le bon déroulement de l’allaitement. L’Organisation mondiale de Santé (OMS) déconseille ainsi l’utilisation d’une tétine pour les bébés nourris au sein à la naissance.

« Il est effectivement préférable de ne pas proposer en première intention une tétine à un bébé allaité, les premiers jours après sa naissance », confirme Carole Hervé. En effet, en donnant une tétine à un nouveau-né lorsqu’il pleure, le risque est de diminuer le nombre de tétées et donc de faire baisser la lactation. « Tout dépend en fait de la façon dont la tétine est donnée au bébé : si elle lui est proposée alors que tous ses besoins sont assouvis, elle ne posera pas de problème. Si en revanche on la lui donne pour le faire patienter lorsqu’il a faim, c’est problématique », décrit la consultante en lactation.

Le problème n’est pas que le bébé ne sache plus boire au sein après avoir testé la tétine, mais que la lactation diminue à cause d’une baisse de sa stimulation liée à une tétine trop souvent proposée.

« Si le lait n’est plus produit en quantité suffisante par la maman, le bébé va s’agiter au sein, pleurer et sembler insatisfait » résume Carole Hervé. Pour éviter ce risque, il est préférable de recommander à la maman allaitante de ne proposer une tétine à son nourrisson, qu’une fois la lactation bien mise en place et avec parcimonie au quotidien. 

Quelle sucette choisir pour bébé allaité ?

Dans la mesure où ce n’est finalement pas la tétine en elle-même qui est incriminée dans son potentiel impact sur l’allaitement, le choix du modèle n’a pas grande importance. Choisir une tétine dont la forme s’apparente le plus possible à celle du mamelon ne sera donc pas la solution au problème. « Ce qu’il faut retenir, c’est que la tétine ne doit jamais se substituer à une tétée. Elle ne doit pas non plus être la solution de facilité pour faire cesser les pleurs du bébé« , insiste la consultante en lactation. 

Retard de parole ?

Une étude publiée en 2015 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (source 1) a mis en évidence un lien entre les mouvements de motricité orale et la perception auditive du langage. Traduction : la succion prolongée d’une tétine – mais aussi d’un pouce – empêcherait d’une part les enfants d’identifier certains sons, et d’autre part de les répéter correctement. Une raison supplémentaire pour limiter la tétine tant que possible dans la journée, et de sevrer le bébé rapidement.

Tétine à partir de quel âge ?

Le besoin de succion est inné chez le nouveau-né, c’est donc très rapidement qu’il se fait sentir et qu’il a besoin d’être assouvi. Par ailleurs, ses effets préventifs sur la mort subite du nourrisson, la rendent intéressante dès le plus jeune âge du bébé. C’est pour ces raisons que l’académie américaine de pédiatrie recommande l’utilisation de la sucette chez les bébés de l’âge de 6 semaines jusqu’à l’âge de 1 an. Par ailleurs, à 6 semaines, les nourrissons allaités auront déjà pris leur rythme de croisière et la tétine ne risquera donc pas de perturber le bon déroulement de l’allaitement. 

Pour les mamans allaitantes qui doivent idéalement attendre quelques semaines avant de proposer la tétine à leur tout-petit, il est heureusement possible de combler leur besoin de succion autrement. « Les mettre au sein le plus souvent possible est quoi qu’il arrive recommandé pour que la lactation soit optimale », rappelle Carole Hervé. Et cela suffit chez certains nouveau-nés qui se satisfont très bien des mises au sein régulières. Pour d’autres, dont les besoins sont plus importants, le petit doigt de la maman ou du papa – bien lavé évidemment – peut être un subterfuge. Et il faut aussi garder en tête que le besoin de succion est étroitement lié au besoin de réassurance, et que la présence apaisante d’un parent, les câlins, les bercements, les paroles douces, sont tout autant de moyens efficaces pour rassurer bébé sans toujours passer par la case succion.



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