Suicide chez les adolescents : que faire ? quelle prévention ?

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« Chaque année le suicide est responsable de la mort de plus de 400 adolescents en France, ce qui en fait la 2e cause de mortalité pour cette tranche d’âge », rappelle un document du ministère de la Santé et de la Prévention datant de 2023 (source 1). L’adolescence constitue un âge de la vie particulièrement vulnérable, pendant lequel les tentatives de suicide (TS) sont les plus fréquentes.

Pourtant, malgré les chiffres, le sujet reste tabou. Peut-être parce que le sujet fait peur et qu’il y a toujours une idée inconsciente qu’en parlant du suicide à un adolescent, on incite au passage à l’acte. Faux, répondent les spécialistes ! Parler du suicide peut justement permettre à un adolescent d’être reconnu dans sa souffrance.

Suicide des étudiants : quels sont les facteurs de risque ?

Différents motifs du mal-être peuvent être en cause : harcèlement scolaire, rupture amoureuse, maltraitance parentale, incapacité d’avouer son homosexualité , problème d’estime de soi, peur de décevoir, séparation des parents…

Grâce à l’intelligence artificielle (AI), une équipe de chercheurs de l’Inserm a identifié certains indicateurs qui prédisent avec précision les comportements suicidaires des étudiants (source 2). Une cohorte de plus de 5 000 étudiants a été suivie entre 2013 et 2019 dans toute la France. « Ce suivi a révélé qu’environ 17 % des étudiants participants, filles (17,4 %) comme garçons (16,8 %), ont présenté des comportements suicidaires au cours de l’année qui s’est écoulée entre les deux questionnaires », rapporte l’Inserm.

Les étudiants ont également répondu à 130 questions. Les chercheurs ont alors identifié 70 facteurs prédictifs potentiels, recueillis dans le questionnaire.

« Les résultats de l’étude révèlent que parmi ces 70 prédicteurs potentiels mesurés à l’inclusion, quatre permettent de détecter environ 80 % des comportements suicidaires lors du suivi.

Le Covid-19, en cause dans la hausse du taux de tentative de suicide

La situation s’est accentuée avec l’épidémie de la Covid-19 qui a eu de lourdes conséquences sur la santé mentale des adolescents. Les résultats d’une enquête publiée en janvier 2021 pour la Fondation FondaMental (source 3), démontrent que près d’un jeune sur trois a eu des « pensées suicidaires » ces derniers mois. Depuis la pandémie, les chiffres des TS ont drastiquement augmenté. Selon les données de Santé Publique France recueillies par Libération (source 4), les statistiques chez les 15-29 ans indiquent une hausse de 22 % des admissions à l’hôpital pour tendance suicidaire a été observée en 2021 chez les adolescentes et jeunes femmes, par rapport aux trois années précédentes, contre une quasi-stabilité (+1 %) pour le sexe masculin.

Envie de suicide chez l’adolescent : les signes d’alerte

L’adolescent en mal-être se sent dans une impasse. Il n’envisage le suicide que parce que celui-ci lui paraît la seule solution. Le désir de mort n’est pas la motivation, il s’agit paradoxalement d’un désir de vie. La tentative de suicide est pour lui un moyen d’exister et de crier sa souffrance.

Certains signes avant-coureurs dans son comportement qui se répètent et s’accentuent, doivent être pris au sérieux afin d’éviter un potentiel passage à l’acte. Il peut s’agir :

  • De messages directs : « Je vais me foutre en l’air », « Vous serez mieux sans moi », « Je vais faire un long voyage »… ;
  • De propos dévalorisants : « Je suis un raté », « Je déçois tout le monde », « Tout le monde s’en fout de moi »… ;
  • De changements de comportements brutaux : chute des résultats scolaires, absentéisme à l’école, fugues répétées, enfermement, hyperactivité inhabituelle, scarifications, dons d’objets lui appartenant et qui lui sont chers, consommation excessive d’alcool, prises de risque répétées…

Brisez l’isolement, parlez et montrez votre soutien

« Le repérage des enfants et des adolescents suicidaires repose sur une écoute active et un questionnement direct », explique le document du ministère de la Santé et de la Prévention.

Que l’on soit parent, grand-parent ou simple ami, quand un soupçon de suicide naît au sujet d’un adolescent selon son comportement, il faut suivre son intuition et briser la glace. Vous ne commettrez pas d’impair en osant dialoguer et en lui posant des questions directes.

Quel que soit le motif, il ne faut pas le sous-estimer et tendre la main pour donner l’occasion à l’adolescent de voir qu’il existe des solutions et qu’il n’est pas seul pour affronter la vie. Tout votre travail consiste à essayer de comprendre ce que vit l’adolescent. Il est indispensable de lui montrer que son entourage tient à lui, qu’il est irremplaçable.

On peut aussi lui expliquer qu’il ou elle n’a pas besoin de menacer de se suicider pour s’assurer de votre compréhension. Vous êtes là pour lui ou pour elle de manière inconditionnelle. Ensemble, vous pouvez chercher des solutions concrètes à ses difficultés.

Orientez l’adolescent suicidaire vers une association ou un psychologue

L’idéal dans un deuxième temps est d’orienter l’adolescent, en parallèle de votre soutien constant, vers un tiers, association ou psychologue, pour lui donner l’occasion de parler en terrain neutre. De plus, depuis le 1er janvier 2022, les consultations psychologiques sous prescriptions médicales sont prises en charge par l’Assurance maladie. Cette mesure concerne toute personne âgée d’au moins 3 ans, quelles que soient ses ressources.

« Pour orienter l’échange avec les enfants et les adolescents, les professionnels disposent de plusieurs outils qui peuvent les guider dans la conduite de la consultation mais qui ne remplacent pas une écoute attentive et un questionnement direct », rappelle la Haute Autorité de Santé (HAS) (source 5).

Le risque de vulnérabilité ou d’urgence suicidaire doit déterminer la prise en charge

C’est ensuite au professionnel d’évaluer le risque. « Si l’enfant ou l’adolescent présente des idées suicidaires mais n’a pas fait de TS récente, la conduite à tenir est fonction de l’évaluation de l’urgence suicidaire », poursuit la HAS :

  • Si l’urgence suicidaire est élevée (inquiétude quant à un passage à l’acte imminent), l’enfant ou l’adolescent est envoyé aux urgences ;
  • Si l’urgence suicidaire est faible à moyenne, l’enfant ou l’adolescent est orienté vers une prise en charge ambulatoire de deuxième ligne (telle qu’un centre médico-psychologique ou un centre médico-psycho-pédagogique, un psychiatre libéral, ou selon le territoire une Maison des adolescents).

Crise suicidaire chez l’adolescent : ce qu’il ne faut pas faire

Ne tombez pas dans l’écueil qui consiste à penser que les personnes qui parlent de suicide ne se suicident jamais… C’est faux ! Il faut toujours prendre au sérieux quelqu’un qui parle de suicide. La plupart des tentatives sont précédées de signaux d’alerte plus ou moins explicites.

Si vous avez capté les signaux d’alerte d’un adolescent en difficulté, ne lui faites pas la morale. Ne minimisez pas en mettant tout sur le compte de l’adolescence. Inutile également de lui donner les recettes du bonheur simple. Avoir réponse à tout et faire à sa place n’est pas la solution.

Évitez en revanche de vous adresser à lui en faisant passer un interrogatoire policier. Lui parler, c’est prendre en compte sa souffrance. L’objectif est de l’aider à ne pas s’enfermer dans sa détresse.

SOS Suicide Phénix Ecoute, Suicide Écoute… des lignes d’écoute existent

Pouvoir parler de sa souffrance psychologique est indispensable et efficace pour réduire la mortalité suicidaire. De nombreuses lignes d’écoute gratuites et anonymes existent : 



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