Rentrée  : 6 romans à dévorer

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La rentrée de janvier est une rentrée littéraire importante. Sélection de six romans qui parlent d’exil, de culture et de progrès. 

L’automne est la dernière saison, Nassim Marashi (Zulma)

On pense tout de suite au cinéma iranien de Asghar Fahradi, notamment au film « A propos d’Elly » qui raconte le week-end de jeunes gens de Téhéran au bord de la mer. Ou encore, à Persépolis, le film d’animation de Marjane Satrapi qui a connu le régime du Chah, puis la révolution islamique. Dans ce roman, les jeunes amies déroulent leur quotidien, l’une est journaliste et a une peine de cœur, l’autre est habitée par ses lectures et ses souvenirs de guerre, l’autre encore vient d’être acceptée en doctorat à Toulouse. Malgré le régime des Mollahs, les trois femmes ne musellent pas leurs rêves et mènent une vie conforme à leur jeune âge. Un roman plein de dynamisme et de d’appétit de vie qui a reçu le prix Jalal Al Ahmad, l’un des prix les plus prestigieux en Iran. A dévorer. 

L’odyssée de Firuzeh, E  ; Lily Yu (Editions de L’Oberservatoire)

Des milliers de personnes ont quitté l’Afghanistan  pour échapper aux talibans. La famille de Kiruzeh doit quitter Kaboul. Par bateau, par avion, ils veulent par n’importe quel moyen rejoindre l’Australie. Même si la nostalgie de Kaboul, la faim et la difficulté de l’exil les hantent, rien ne les fera renoncer à chercher ailleurs une vie meilleure. Mais les jours deviennent des mois, d’espoir déçu en camp de transit surpeuplé à Nauru en Micronésie. L’agent d’immigration leur propose un retour en Afghanistan, «  pays sûr  » contre une somme d’argent. «  Quand irons-nous en Australie  ? » demande le petit Nour. «  Jamais, nous mourrons sur ce caillou  » répond Kiruzeh. 

Tout est vu à hauteur d’enfant, des yeux de la petite Kiruzeh qui devra dire adieu à son innocence de manière bien prématurée. Et puis miracle, ils seront relocalisés et envoyés par avion à Melbourne «  nous avons survécu à des guerres, nous avons survécu à Nauru  » dit le père. Nous pensons à toutes ces familles, afhganes, syriennes,  sri-lankaises acculées au départ. Un roman sur l’exil qui transmet une belle énergie. 

Si j’avais un franc, Abdelkrim Saifi (Anne Carrière)

On se souvient des ouvriers du bâtiment, qui parlaient un patois d’italien, d’arabe et de français et s’échinaient à construire les routes françaises. On se souvient des bidonvilles de Nanterre. «  Si j’avais un franc, je retournerai dans mon pays..    ». Ici, on est dans l’histoire d’une famille, issue de l’immigration algérienne avec Korichi arrivé à Hautmont, ville industrielle de Nord de la France en 1948 avec ses illusions sur la France «  les richesses, l’argent qui coule à flot, les tissus, les belles voitures…  » Korichi est venu de Biskra, commune du Nord-est du Saraha algérien. Yamina, son épouse, l’y rejoint en 1952. Chez eux, à Hautmont, on écoute radio le Caire et le chanteur à la mode, Farid El Atrache. On s’intéresse de près aux activités du FLN. On prend le Ville d’Alger pour retourner au bled en vacances. On a des joies, des espoirs, des peines, avec la perte d’enfants en bas âge. Le père écoute du chaâbi algérois, de la zorna, de la flûte de Biskra. La mère prépare le couscous, on fête l’Aïd, «  on riait, ça évitait de pleurer  ». On vit à l’heure française, tout en préservant ses coutumes. De la guerre d’Algérie aux évènements plus récents, ce livre dépeint une saga familiale avec en toile de fond la vie politique, ce, à travers les yeux d’un enfant qui aime les mots et les livres. On aime la précision remarquable et le style romanesque plein de tendresse.

Carabine, l’audace d’une femme, Sylvie Barbier (Editions Le Sémaphore)

1826 Cap town. Le docteur Barry, de la paysannerie irlandaise, réussit la première césarienne dans une famille de notables. Une première scène nous plonge directement dans cette intervention aussi insoutenable qu’historique. A l’époque, les femmes n’ont pas le droit d’étudier la médecine. Au même moment, Margareth Bukley rédige des lettres qu’elle adresse à Gabrielle, une correspondante, depuis Kingston, Kensigton ou depuis le Cap. Au fil du texte, on comprend que ce James Barry est bien né Margareth Bukley. Il a servi en Inde et en Afrique du Sud, sauvant des soldats blessés et améliorant les conditions de vie des locaux. Sylvie Barbier nous fait revivre un pan de l’histoire en Afrique du Sud au sujet de l’émancipation des femmes «  j’ai vu un reportage sur l’Afrique du Sud et découvre alors l’existence de James miranda Barry. De là est né mon intérêt pour elle  ». De cette histoire vraie, LGBT avant l’heure, on sait peu de choses. L’auteure déroule une fiction très réaliste, tissant les souvenirs de ce médecin mort dans la peau d’une femme, empreints de culture celtique «  les hommes parlent beaucoup de faits héroïques auxquels ils n’ont pas participé, les femmes taisent des actes héroïques qu’elles ont réalisés ». Un joli moment d’histoire et de voyage. 

 

Dysphoria Mundi, Paul B. Preciado (Grasset)

Paul B. Preciado est un philosophe et chercheur espagnol né Beatriz. Il effectue sa transition en 2015 et a été en couple avec Virginie Despentes. Il se définit comme étant «  un homme trans  ». Dans «  Je suis un monstre qui vous parle  », rapport pour une académie de psychanalystes (Grasset, 2020) dont on retrouve une mise en scène théâtralisée sur youtube, Paul B. Preciado  s’adresse à la profession qui l’a diagnostiqué «  malade mental  » et «  dysphorie de genre  ». Il lance un appel à la transformation des discours en se mettant en scène dans la peau d’un singe parlant à un collège de scientifiques. Dans Dysphoria Mundi, il évoque les personnes trans dans le monde d’aujourd’hui et démontre que la dysphorie de genre n’est pas une pathologie mentale. Le monde est en pleine mutation. Ce livre de six cent pages est important pour qui veut comprendre les nouvelles façons d’appréhender nos sociétés. 

Les silences, Luca Brunoni (Finitude)

Entre le XIXe et 1960, des orphelins sont placés de force dans des familles d’accueil à la campagne, qui y voient là une main d’oeuvre bon marché. Orpheline, Ida est placée par les services sociaux chez les Hauser, des paysans d’un village de montagne isolé en Suisse. Elle aide aux travaux de ferme et à l’entretien de la maison, dort dans le poulailler. La dureté de la vie rurale lui transperce les os et l’enfonce dans une solitude épaisse. Pour l’adolescente, il n’est même pas question de rêver. Son lot, c’est le travail harassant, la faim au ventre, les coups de bâton, les regards du patron sur son corps lorsqu’elle se lave dans le baquet. Noah, le fils du maire,  orphelin de mère aussi, lui propose son amitié. Les deux adolescents vont partager des secrets et des espoirs, à bas bruit. Ils oseront même rêver. La nuit, ils font le mur. Dans ces montagnes hostiles, certaines disparitions sont maquillées en accidents. Un «  country noir  » où le non-dit règne en maître. L’écriture colle parfaitement à la sensibilité de la jeune fille. 

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