Qu’est-ce qu’un décollement placentaire ?

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Qu’est-ce que le placenta ?

Le placenta est un organe éphémère qui assure les échanges entre le fœtus et l’organisme de la mère pendant la période de gestation. « Fixé au fond de l’utérus, il permet les échanges entre le sang maternel et le sang fœtal sans que les deux sangs ne se mélangent, confirment les auteurs du Grand livre de ma grossesse. Les échanges d’aliments (sucres, protides, lipides, minéraux) et de gaz (oxygène, gaz carbonique) se font à travers la membrane des cellules des villosités placentaires ». Le placenta est naturellement expulsé dans les 15 à 30 minutes qui suivent la naissance, lors de la délivrance. Cependant, il arrive qu’il se décolle précocement et entraîne alors des complications pendant la grossesse…

Qu’appelle-t-on un décollement placentaire ?

On parle de décollement placentaire lorsque le placenta se décolle partiellement et précocement de la paroi utérine au cours des deuxième et troisième trimestres de grossesse. Quand celui-ci se produit au premier trimestre, on utilisera plutôt le terme de « décollement trophoblastique » en référence au trophoblaste, c’est-à-dire le futur placenta.

Quels sont les différents types de décollement placentaire ?

En début de grossesse : le décollement trophoblastique du premier trimestre

Même si les saignements en début de grossesse sont très angoissants pour la future maman, ils ne sont pas toujours synonymes d’arrêt d’évolution de la grossesse et de fausse couche. Il peut s’agir seulement d’un décollement minime du trophoblaste (œuf). « Près de 10 à 20 % des femmes présentent un décollement du trophoblaste – c’est-à-dire du futur placenta – au cours du premier trimestre de grossesse, confirme le Dr. Multon. C’est très fréquent et cela ne présage en rien de difficultés à venir. La preuve : au moins une femme sur dix qui accouche à terme d’un bébé qui va bien a connu des saignements au début de sa grossesse ». Devant des pertes de sang, le médecin effectuera une échographie afin de s’assurer de la présence d’un œuf dans la cavité utérine et de l’activité cardiaque de l’embryon. Des contrôles échographiques permettront, par la suite, de vérifier la résorption progressive de ce défaut d’accolement sans autre préjudice pour le bébé.

En cas de saignements en début de grossesse, les patientes rhésus négatif recevront une injection d’immunoglobulines afin d’éviter que leur organisme fabrique des anticorps dirigés contre les globules rouges du fœtus, rappelle le Dr. Multon.

L’hématome rétro-placentaire en milieu et fin de grossesse

Quand la grossesse se déroule normalement, le placenta se détache de la muqueuse utérine après l’accouchement, au moment de la délivrance. Il arrive cependant qu’une perte d’adhésion partielle et précoce se manifeste au cours des deuxième et troisième trimestres. « Un vaisseau sanguin peut se rompre du côté maternel et former un hématome – appelé hématome rétro-placentaire – entre l’utérus et le placenta, explique le Dr. Multon. Ce décollement provoque une rupture des échanges materno-fœtaux. Si celui-ci est limité et que l’état de la maman ainsi que du fœtus sont stables, une hospitalisation avec repos permet en général de poursuivre la grossesse normalement. En revanche, s’il est important, les conséquences peuvent être graves pour la mère et l’enfant et il faut intervenir très rapidement ». En effet, il est possible que le décollement interrompe brutalement la circulation utéro-placentaire entraînant une hypoxie foetale (manque d’oxygène). Un choc hémorragique peut également survenir chez la future maman ainsi que des signes de troubles de la coagulation (CIVD) et une insuffisance rénale menaçant le pronostic vital. 

Un défaut du site d’implantation du placenta

Une anomalie d’insertion du placenta – appelée placenta praevia – peut également être à l’origine d’un décollement placentaire. « Normalement, le placenta s’implante au fond de l’utérus, explique le Dr. Olivier Multon. Mais, il arrive que celui-ci s’insère à proximité du col de l’utérus voire sur le col de l’utérus. Ce défaut de site d’implantation n’est évidemment pas sans incidence sur la grossesse. En effet, lorsqu’il est au fond de l’utérus, le placenta est peu exposé aux contractions utérines. En revanche, lorsqu’il est inséré sur la partie basse de l’utérus que l’on appelle segment inférieur, il est soumis à des forces de cisaillement importantes qui peuvent engendrer la rupture de vaisseaux sanguins et un décollement prématuré du placenta ».

Le décollement placentaire pendant l’accouchement

Enfin, il arrive que le placenta normalement inséré se décolle pendant le travail. « Sous l’effet des contractions, le placenta peut se décoller un peu, confirme le Dr. Multon. La femme va alors avoir des saignements. C’est une situation que l’équipe médicale va surveiller de près car si le placenta se décolle entièrement, il faudra réaliser une césarienne en urgence ».

Causes : qu’est-ce qui provoque un décollement placentaire ?

Si la survenue d’un décollement placentaire est souvent imprévisible, certaines causes peuvent le favoriser. Par exemple :

– un traumatisme abdominal (accident de voiture, violence conjugale) peut être à l’origine d’un décollement placentaire. Selon les auteurs du Grand livre de ma grossesse : « 6 % des femmes enceintes subissent un traumatisme abdominal durant leur grossesse. Celui-ci peut être responsable de plusieurs complications obstétricales, de gravité variable : menace d’accouchement prématuré, rupture de la poche des eaux, hématome rétroplacentaire, rupture utérine, immunisation fœto-maternelle, traumatisme fœtal, mort fœtale in utero lors des accidents de voie publique graves ».

– un défaut de site d’implantation du placenta (placenta praevia, une complication rare).

Quels sont les facteurs de risque ?

Plusieurs facteurs augmentent le risque de décollement placentaire :

– une vascularite ou d’autres troubles des vaisseaux sanguins

– des antécédents de décollement placentaire

– une hypertension artérielle gravidique (pré-éclampsie)

– la consommation de cocaïne : l’abus de cocaïne pendant la grossesse est associé à un taux plus élevé de décollement placentaire et de fausse couche spontanée.

S’il est difficile de prévoir un décollement placentaire, certaines pathologies comme l’hypertension gravidique ou un défaut du site d’implantation du placenta (placenta praevia) augmentent le risque. C’est pourquoi, les futures mamans qui présentent ce genre de complications seront étroitement suivies par l’équipe médicale pendant leur grossesse. Le diagnostic de placenta praevia se fait souvent à l’échographie du 3ème trimestre, mais peut être fait avant s’il apparaît des saignements de sang rouge indolores, spontanés ou après un rapport sexuel.

Quels sont les signes d’un décollement placentaire ?

Le décollement du placenta se traduit le plus souvent par des symptômes comme
des saignements associés ou pas à des douleurs abdominales. « En général, l’hématome rétro-placentaire s’accompagne de fortes douleurs liées à une contracture de l’utérus – on parle d’ailleurs d’utérus de bois – et de pertes de sang, rappelle le Dr. Multon. Un choc hémorragique ainsi que des signes de coagulation intravasculaire disséminée peuvent alors survenir. Il s’agit d’une urgence vitale pour la future maman et son bébé ».

Que faire en cas de décollement du placenta ?

Face à des saignements et des douleurs abdominales au deuxième et troisième trimestres de grossesse, il est important de consulter immédiatement votre médecin ou votre sage-femme, de vous rendre aux urgences de votre maternité ou d’appeler le centre 15. Un examen clinique ainsi qu’une échographie permettront aux médecins de confirmer ou non le diagnostic de décollement prématuré.

Quels sont les risques pour la maman et le bébé ?

Tout dépend du moment et de l’importance du décollement du placenta. Quand il intervient en début de grossesse (décollement du trophoblaste), le pronostic est plutôt bon, si l’embryon est vivant lors de l’échographie réalisée. En revanche, lorsque celui-ci arrive en milieu ou fin de grossesse et qu’il est important, il peut compromettre la bonne oxygénation du fœtus et causer sa mort in utero (manque d’oxygène). Plus rare, la mortalité maternelle peut aussi survenir à la suite d’une hémorragie massive. Enfin, lorsque le décollement survient progressivement et de façon moins extensive, il est possible qu’il ait un impact sur la croissance du foetus (retard de croissance intra-utérine) et sur le liquide amniotique (oligohydramnios).

Lorsque le placenta est décollé, celui-ci ne peut malheureusement pas se recoller. « Un décollement placentaire ne va pas se résorber mais il peut se stabiliser », confirme le Dr. Multon. Lorsque le décollement est limité, une hospitalisation de la femme enceinte pour surveillance et une mise au repos absolu (alitement) peut suffire à gagner un peu de temps.

Quel est le traitement ?

La prise en charge médicale va dépendre de l’importance ainsi que de la cause du décollement et du terme de la grossesse. « C’est vraiment du cas par cas, confirme le Dr. Multon. Au 2ème et 3ème trimestre, lorsque c’est possible, on va chercher à gagner du temps. Si le décollement est limité et qu’il a peu de retentissement sur le fœtus, la future maman sera hospitalisée et alitée. Mais, il arrive aussi que l’équipe médicale soit obligée de pratiquer une césarienne en urgence pour sauver la mère et son bébé ».



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