Quelles sont les grandes étapes du développement psychomoteur du bébé?

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Quand commence le développement psychomoteur de l’enfant ?

Qui dit développement psychomoteur, ne dit pas forcément prouesses visibles par l’entourage. « On considère qu’il y a globalement 4 grands piliers dans le développement psychomoteur : la motricité, la sensorialité, la cognition, et la communication – cette dernière dimension comprenant les aspects psycho-affectifs et émotionnels » résume Aude Buil.

Le développement de l’enfant débute donc avant même sa naissance, in-utéro, durant sa vie foetale – période durant laquelle les fonctions neurologiques et physiologiques essentielles se structurent.

« Ces fonctions lui permettront – après la naissance – de découvrir ses compétences et de les accroître » poursuit l’experte. 

Quelles sont les étapes du développement psychomoteur de bébé mois par mois ?

Dès sa venue au monde, le tout petit poursuit donc son développement à partir des diverses expériences que lui procurent ses environnements matériel et humain. Les 4 grands axes du développement psychomoteur se développent en synergies et se renforcent les uns les autres au fur et mesure que bébé grandit.

« Les grandes acquisitions sont souvent associées à des moments forts de la conquête de l’autonomie : les premiers déplacements qui le positionne comme acteur de son corps vers la découverte, la position assise qui libère les mains ce qui développe la motricité manuelle, la marche qui lui donne accès à une plus grande mobilité, l’accès au langage qui formalise la communication qui s’est développée d’abord à partir du corps, au travers de ce que l’on appelle la communication non verbale – le regard, la posture, les gestes intentionnels, etc. » détaille Aude Buil. 

Ces grandes acquisitions constituent ainsi des points essentiels, qui sont considérés comme des marqueurs du bon développement de l’enfant.

Le nourrisson de moins d’un mois : les réflexes archaïques

À la naissance, le nouveau-né bouge de façon désordonnée, saccadée et aléatoire. « Il a très peu de maîtrise de sa motricité, qui est essentiellement basée sur des réflexes, issus de l’évolution de notre espèce. » explique la psychomotricienne. Le nourrisson possède notamment le réflexe de grasping – aussi appelé réflexe d’agrippement – qui consiste à refermer solidement sa main sur tout objet placé au contact de sa paume.
Mais ces premiers mouvements réflexes ne sont pas vains ni dénués de sens. « Ils ont pour fonction, entre autres, de permettre une première appropriation du corps en mouvement, de faciliter les premières interactions, et de servir de terreau à la motricité volontaire » précise-t-elle.

Entre 1 et 4 mois : je découvre mon corps

Le tout petit progresse assez vite au cours des quatre premiers mois, et les mouvements qu’il effectue sont de plus en plus contrôlés. Ses périodes d’éveil sont de plus en plus longues et fréquentes et bébé semble s’intéresser de plus en plus à son environnement. Son développement sensoriel s’affine : il commence à distinguer les couleurs, est sensible aux odeurs, aux bruits et reconnaît parfaitement la voix de ses parents.

Aude Buil, psychomotricienne PhD : « C’est aussi le moment où il se mets à gazouiller, et où il va progressivement parvenir à tenir sa tête : deux éléments très importants pour la suite de son développement » 

C’est en effet aux alentours de 3 à 4 mois, que l’axe du corps de l’enfant se tonifie, lui permettant de maintenir son dos et sa tête droite.
Pendant ces premiers mois, les soins corporels – bains, massages, jeux corporels – ont un rôle important dans le développement sensoriel de bébé, et lui permettent de découvrir son corps en interaction avec ses parents.
 

Entre 4 et 8 mois : je développe la préhension

Au cours de cette quelques mois la motricité fine du bébé s’affine. Le réflexe d’agrippement laisse progressivement place à la préhension volontaire : il apprend à contrôler ses mains, à les garder dans son champs de vision et petit à petit à les prendre puis à les relâcher. Les 7e et 8e mois marquent le développement de la préhension en pince inférieure : entre le pouce et le petit doigt. « C’est une période où bébé va aussi beaucoup mettre les objets à la bouche, ce qui est important à la fois pour découvrir les objets mais aussi pour stimuler la sphère bucco-faciale qui portera le développement du langage » explique la psychomotricienne.
Côté motricité, vers 6 mois bébé commence à ramper, se retourner du ventre au dos et du dos au ventre et se tenir assis tout seul.

Entre 8 et 12 mois : j’explore le monde

Ces quelques mois mettent à l’honneur le développement moteur du bébé. Après avoir pu explorer sa motricité au sol, bébé est prêt pour l’acquisition de la station debout au bout de laquelle se trouve la marche, souvent très attendue des parents ! « La marche est généralement acquise entre 10 et 18 mois : durant cette période, il est très important de laisser l’enfant explorer librement par lui-même, en sécurité, sans vouloir anticiper sur les différentes acquisitions » insiste la psychomotricienne. Pas de pression ni de compétition donc : on laisse bébé progresser à son rythme !
Celui-ci commence souvent par marcher de côté, en se tenant aux meubles, puis il se tient debout tout seul sans appuis, pour enfin faire ses quelques premiers pas sans se tenir. Sa démarche est dans un premier temps hésitante et peu stable, il ne prendra de l’assurance que quelques mois plus tard.
Côté préhension : la pince supérieure – à savoir entre le pouce et l’index – commence à se mettre en place vers les 9e à 10e mois pour se perfectionner vers la fin de la première année. 

Entre 12 et 18 mois : mes premiers dessins

L’enrichissement de la motricité de l’enfant lui permet de découvrir, d’explorer et d’apprendre à utiliser son corps avec de plus en plus d’efficacité. « C’est aussi comme cela qu’il se crée ses repères dans l’espace » indique la psychomotricienne. En parallèle, sa motricité fine et son habileté ne cessent de se développer.

Il est capable de manipuler des objets divers, de les passer d’une main à l’autre, de les prendre et de les rendre.

« Bébé découvre le monde des objets : il empile, encastre des formes simples, gribouille mais aussi mange seul et tourne les pages d’un livre » énumère Aude Buil. 

Entre 1 an et demi et 2 ans : le grand perfectionnement

L’enfant se perfectionne, sur tous les plans psychomoteurs : à la fois pour contrôler son corps et ses mouvements, mais aussi pour interagir avec son environnement. « Il maîtrise de mieux en mieux la marche et son équilibre au travers de diverses activités – grimper, se baisser, donner un coup de pied dans un ballon – et commence même à courir. Côté motricité fine, il parvient de mieux en mieux à coordonner ses deux mains pour réaliser des tâches plus complexes comme l’habillage, le dessin, visser/dévisser » détaille la psychomotricienne.

C’est aussi une période pendant laquelle les interactions sociales sont de plus en plus importantes et riches. Bébé s’affirme, prend du plaisir à échanger, mais aussi à s’opposer : c’est la période du « non ». « Pendant ces quelques mois, le langage explose vraiment avec les mots, puis les phrases courtes, et un enrichissement très rapide de son vocabulaire » ajoute Aude Buil. 

Entre 2 et 3 ans : l’explosion des compétences

S’il est une période pendant laquelle les compétences de l’enfant se démultiplient, c’est bien celle-ci. « C’est le moment où il va progresser le plus vite, dans tous les secteurs » résume l’experte. Tout ses progrès vont mettre en place les compétences qu’il utilisera ensuite pour développer ses premiers apprentissages scolaires. « L’enfant court, saute, développe son attention, parle de mieux en mieux, interagit de plus en plus avec ses pairs et progresse rapidement au niveau du langage. Le dessin lui aussi se précise beaucoup et ses manipulations sont progressivement plus précises et fines » décrit Aude Buil.
De bébé, il passe à petit enfant : son caractère et sa personnalité se dessinent et s’affirment. Le développement de son intelligence symbolique se met en place : il réfléchit et adore reproduire le comportement des adultes. 

C’est quoi un trouble psychomoteur, et quand peut-on parler de retard ?

Un bébé qui ne marche pas à 15 mois, ou qui a toujours du mal à s’habiller à 2 ans 1/2 souffre-t-il pour autant d’un retard psychomoteur ? Inutile de s’inquiéter trop rapidement : les enfants ne développent pas tous les domaines de manière linéaire et synchrone, et l’ensemble des étapes du développement psychomoteur ne s’acquièrent pas à des âges précis, mais dans des fourchettes de temps. « L’important demeure de repérer si le développement est harmonieux dans les différents domaines du développement psychomoteur et si les grandes acquisitions attendues sont présentes dans une temporalité ajustée au sein de ces fourchettes » explique l’experte, qui précise que la qualité des acquisitions est également à prendre en compte. En cas de doute, les parents ne doivent pas hésiter à en parler au médecin qui suit l’enfant, qui sera en mesure de l’orienter si besoin vers un psychomotricien compétent.

Tout parent peut être tenté d’aider son enfant à franchir les étapes de son développement, mais est-ce possible, et même souhaitable ? « L’essentiel tient au fait qu’il faut accompagner l’enfant dans son exploration, sans faire à sa place ou vouloir aller trop vite en le mettant dans des situations ou postures qu’il n’aura pas découvertes par lui-même » insiste la psychomotricienne, qui déconseille au passage l’utilisation d’appareils type verticalisateurs, trotteurs et autres Youpala

Lorsque bébé est encore un nourrisson, la meilleure situation est d’être au sol le plus régulièrement possible. 

Aude Buil : « Si l’on peut être tenté de lui montrer et de l’aider physiquement à faire, cela s’avère souvent contre-productif pour l’enfant et sa quête d’autonomie » 

L’enfant a besoin de se sentir en sécurité, en confiance, mais aussi autorisé à explorer « cela passe par un environnement sécurisé bien sûr, mais aussi par des encouragements réguliers et une valorisation de ses petites et grandes réussites » rappelle la spécialiste. Mais s’il est important de l’encourager, il l’est tout autant de savoir lui poser des limites, en douceur. « Elles font partie intégrante de l’accompagnement bienveillant dont il a besoin pour grandir, s’épanouir, et se sentir suffisamment capable pour continuer d’explorer et faire de nouvelles acquisitions » conclue Aude Buil. La pratique d’un sport ou d’un instrument de musique jouent également un rôle important dans le développement moteur de l’enfant : on n’hésite donc pas à leur proposer ce type d’activité.
Il faut enfin admettre et accepter que la progression n’est pas uniforme et linéaire. Des périodes de progression rapides pourront être suivies de ralentissement, voire parfois de possibles régressions, sans qu’il faille s’en inquiéter. 



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