Qu’appelle-t-on un accouchement sous X ?

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Qu’appelle-t-on un accouchement sous le secret ou sous X ?

En France, toute femme enceinte qui ne peut pas ou bien ne souhaite pas élever son enfant a la possibilité de le mettre au mondesans laisser d’informations sur son identité. Ce dernier sera alors confié aux services de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) en vue d’une adoption à l’expiration des délais légaux de rétractation.

Définition

« On appelle accouchement sous X ou plutôt accouchement sous le secret, la possibilité offerte à une femme enceinte d’accoucher sous l’anonymat et de confier son enfant aux services de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) afin qu’il acquiert le statut de pupille de l’État », rappelle d’emblée Nathalie Parent. Dans ce cas, aucune pièce d’identité ne peut lui être demandée et aucune enquête ne peut être menée.

L’accouchement sous le secret ne date pas d’hier. Au XVIe siècle, à l’époque de Saint-Vincent-de-Paul, les mères pouvaient déposer leur nouveau-né dans une sorte de tourniquet placé dans le mur d’un hospice. On sonnait une cloche et une personne, de l’autre côté du mur, recueillait le nourrisson.

Enfant né sous X : que dit la loi ?

La France est un des rares pays à disposer d’une législation encadrant l’accouchement sous le secret. L’article 326 du Code Civil précise que « lors de l’accouchement, la mère peut demander que le secret de son admission et de son identité soit préservé. » Cette loi est considérée comme une garantie contre l’accouchement clandestin, l’abandon sauvage et l’infanticide.

En 2002, sous la pression des personnes nées sous le secret, les contours de l’accouchement sous X ont été redéfinis. Si la loi du 22 janvier 2002 – portée à l’époque par Ségolène Royal alors ministre déléguée de la Famille – maintient la possibilité d’accoucher anonymement, elle a également permis la création du Conseil national pour l’accès aux origines personnelles (CNAOP), dont l’objectif est de faciliter l’accès aux origines de l’enfant né sous le secret.

Celui-ci peut désormais faire une demande d’accès à ses origines auprès du CNAOP afin d’obtenir (ou pas) l’identité de sa mère de naissance. « Lorsqu’à son admission à la maternité, la future mère émet le souhait d’accoucher sous le secret, elle rencontre un des correspondants départementaux du CNAOP ou une personne habilitée qui recueille les informations non identifiantes qu’elle souhaite donner, explique Nathalie Parent. Elle a également la possibilité de laisser son identité dans un pli fermé. L’enveloppe sera ensuite conservée dans le dossier de l’enfant. Si ce dernier demande à connaitre ses origines, le CNAOP ouvrira cette enveloppe. Ensuite, si la mère a laissé son identité, il ira l’interroger sur sa volonté de lever le secret. Et, si le pli secret est vide, le CNAOP essaiera de retrouver cette femme. »

Naissance sous le secret : les chiffres

En moyenne, entre 500 et 600 enfants naissent sous X chaque année en France. Selon les chiffres de l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE), en 2020, 510 enfants ont été admis au statut de pupille de l’État à la suite d’une naissance sous le secret, c’est-à-dire 6 % de plus qu’en 2019 (480).

Lorsqu’elle souhaite accoucher sous X, la future mère doit informer de son choix l’équipe médicale à son arrivée à la maternité (établissement public ou privé). « Afin de respecter son anonymat, le personnel ne lui demandera aucun papier : ni carte Vitale, ni carte d’identité, explique Nathalie Parent. En revanche, on lui proposera d’inscrire les coordonnées d’une personne à prévenir en cas de souci médical. L’enveloppe lui sera ensuite remise ou détruite au moment où elle quittera la maternité. »

Une décision éclairée

De son côté, l’équipe médicale ou le correspondant du CNAOP informera la mère d’un certain nombre de points pour que sa décision soit prise de façon éclairée. Par exemple :

  • sur les conséquences de l’abandon de l’enfant,
  • sur la possibilité qui lui est offerte de donner ou non son identité sous pli fermé,
  • sur les aides financières permettant d’élever un enfant,
  • sur le régime des tutelles des pupilles de l’État qui s’appliquera à l’enfant,
  • sur les délais et conditions dans lesquels l’enfant pourra être repris par ses parents.

« Les textes réglementaires précisent que la femme doit être informée de l’importance pour toute personne de connaître ses origines, rappellent les auteurs du Grand livre de ma grossesse. La mère de naissance est donc invitée à laisser des renseignements sur sa santé et celle du père, les origines de l’enfant et les circonstances de la naissance, éventuellement des renseignements identifiants, mais elle ne doit pas y être contrainte. Ils seront ensuite conservés par le président du Conseil départemental via l’Aide sociale à l’enfance. Celui-ci peut les transmettre au CNAOP sur sa demande. »

L’enfant né dans le secret sera déclaré dans les 5 jours suivant sa naissance et trois prénoms lui seront attribués dont un fera office de nom de famille.

Les prénoms peuvent être donnés uniquement par la mère de naissance ou un officier d’État civil si celle-ci ne souhaite pas le faire, précise Nathalie Parent.

Après la naissance

Lorsque la future mère a informé l’équipe médicale de son choix, un correspondant départemental du Conseil national pour l’accès aux origines personnelles (CNAOP) se déplace à la maternité, informe la patiente de ses droits et recueille les informations destinées à l’enfant. Il établit alors un procès-verbal attestant de la remise du bébé et de la décision de la maman. « Il faut savoir que la mère a la possibilité de changer d’avis et de reprendre son enfant dans un délai de deux mois en établissant la filiation par une reconnaissance auprès d’un officier d’État civil (mairie) ou devant un notaire, confie Nathalie Parent. Elle devra alors s’adresser au service qui assure la prise en charge de l’enfant pour demander sa restitution. Après le délai de deux mois, c’est le tuteur et le conseil de famille qui décideront de lui confier l’enfant ou non. En cas de refus, elle pourra alors saisir le Tribunal judiciaire. »

Prise en charge de l’enfant par les services de l’Aide sociale à l’enfance

Après l’établissement du procès-verbal de recueil de l’enfant, le nouveau-néest pris en charge par les services de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Pendant le temps de son séjour à la maternité, en fonction des établissements, la maman a la possibilité de voir son enfant. « Si la mère de naissanceconfirme son souhait de se séparer de son bébé, dès sa sortie de la maternité, celui-ci sera accueilli en pouponnière ou par une famille d’accueil, explique Nathalie Parent. Il est pupille de l’État à titre provisoire pendant deux mois – délai légal de rétractation de la maman à partir de la date du procès-verbal – puis un arrêté d’admission pris par le président du Conseil départemental l’admettra comme pupille de l’État à titre définitif. Il pourra alors être adopté par une famille. »

Sachez que la mère de naissance a le droit de révéler son identité et donc de lever le secret tout au long de sa vie. Il lui suffit de demander au service de l’ASE de déposer son identité dans le dossier de l’enfant. Celui-ci en aura alors connaissance s’il demande un jour à accéder à ses origines.

Quels sont les droits du père ?

S’il est informé de la naissance de son enfant, le père dispose de deux mois à compter du recueil du bébé par les services de l’Aide sociale à l’enfance pour le reconnaître et demander qu’il lui soit confié. « Il devra alors saisir rapidement le procureur de la République pour retrouver l’enfant car il ne saura pas forcément ni où, ni à quelle date la mère a accouché, précise Nathalie Parent. Le père peut également laisser son nom dans le dossier de l’enfant. Celui-ci lui sera communiqué s’il en fait la demande un jour. »

Accouchement sous le secret et adoption

Lorsque l’enfant est pupille de l’État à titre définitif il est juridiquement adoptable. Il appartient alors au Conseil de famille et au tuteur de lui trouver des parents adoptifs. « Une fois placé en vue d’adoption auprès de ses parents adoptifs, l’enfant ne pourra plus être restitué à sa famille d’origine et sa filiation d’origine ne pourra plus être établie, informe le CNAOP. La mère ou le père pourra seulement demander que son identité soit déposée dans son dossier. D’ailleurs, lorsque le jugement d’adoption plénière – qui est irrévocable – est prononcé, l’acte de naissance d’origine est annulé et remplacé par un nouvel acte mentionnant la filiation avec les parents adoptifs. Si l’enfant ne peut pas être adopté, l’Aide sociale à l’enfance continuera à s’en occuper jusqu’à sa majorité. »

Pourquoi une femme enceinte accouche sous x ?

Les mères de naissance ont la possibilité d’indiquer dans le dossier destiné à l’enfant les raisons qui ont motivé leur décision. « L’absence du père biologique ou son comportement sont les plus fréquentes (43 %), apprend-on dans une étude de l’Institut national d’études démographiques (INED). Puis, par ordre décroissant, les difficultés financières, un âge trop jeune, la crainte du rejet familial, des traumatismes récents ou anciens. À toutes ces difficultés s’ajoute une découverte trop tardive de la grossesse : plus de huit femmes sur dix n’ont pris conscience de leur état qu’après la fin du délai légal pour une IVG en France ».

Qui sont les femmes qui accouchent sous x en France ?

« Il n’existe pas de profil particulier, insiste Nathalie Parent. L’accouchement sous le secret touche aussi bien les femmes jeunes que les plus âgées, de tout milieu social. Chaque histoire est singulière ».

Selon une étude de l’INEP :

  • huit femmes sur dix qui font le choix d’accoucher sous le secret ne vivent pas en couple et 28 % sont en situation de monoparentalité,
  • trois sur quatre n’ont pas leur indépendance économique. Elles sont élèves ou étudiantes (27 %), inactives (15 %), au chômage (10 %) ou ont un emploi précaire ou un petit temps partiel (9 %),
  • 15 % sont en situation de précarité,
  • les femmes sont plutôt jeunes : 11 % des femmes sont mineures et 18 % ont entre 18 et 20 ans.

Une femme souhaitant accoucher sous le secret bénéficie d’une prise en charge gratuite des frais d’hébergement et d’accouchement ainsi que d’un accompagnement psychologique et social de la part des services du département de l’aide sociale à l’enfance (ASE) si elle en fait la demande.



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