Pourquoi faire du peau à peau avec son nouveau-né ?

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Le peau à peau, initialement pour les bébés prématurés

C’est en 1978 dans un hôpital de Bogotá, suite à un manque d’incubateurs, que deux pédiatres proposent aux parents des bébés prématurés de porter leur enfant contre leur poitrine en peau contre peau, 24 heures sur 24, avec allaitement maternel à la demande. Les résultats de cette première expérience officielle dépassant l’attente des médecins, la méthode Kangourou est née, et ses effets sur le bébé et sur la maman n’ont depuis cessé d’être étudiés.

Alternative peu coûteuse aux couveuses des services de néonatalité, cette méthode a été utilisée depuis par de nombreux pays en voie de développement. En 2003, trois études (source 1) ont été analysées afin d’apprécier les bénéfices de la méthode kangourou chez les prématurés de très faible poids de naissance. Il en est ressorti : une diminution de la morbidité et des complications graves, une réduction de la durée d’hospitalisation et donc des coûts inhérents, une meilleure croissance du bébé à sa sortie de l’hôpital, un attachement renforcé entre la maman et son enfant. 

Pourquoi faire du peau à peau avec bébé ? : les nombreux bienfaits

Favoriser l’attachement et le lien maman-bébé après l’accouchement

Bien que la mise au monde d’un bébé fasse partie des plus belles choses de la vie, c’est aussi un moment qui peut être très éprouvant pour la maman mais aussi pour le bébé. « À plus forte raison lorsque l’accouchement a été difficile, et/ou que la maman traverse une phase de dépression post-partum : il peut être difficile pour elle de créer un lien affectif avec leur tout-petit », explique Anne-Laure Benattar.

En provoquant la sécrétion d’hormones en cascades, le peau contre peau génère un apaisement émotionnel extrêmement bénéfique.

La dopamine ou hormone du bonheur, l’ocytocine dite hormone de l’attachement, et l’endorphine connue sous le nom d’hormone du bien-être, sont ainsi produites en grande quantité lors du peau à peau. S’ensuivent une diminution du stress et un puissant renforcement du lien parent enfant. « Le peau contre peau permet d’accompagner le nourrisson et la jeune maman dans un mieux-être psychocorporel« , explique Anne-Laure Benattar. 

Aider l’allaitement maternel

Lorsqu’il est instauré très rapidement après la naissance, idéalement même dans la première heure de vie du bébé (source 2), le peau à peau présenterait un rôle majeur dans la mise en place de l’allaitement. Ce phénomène serait en partie dû à la sécrétion d’ocytocine provoquée par le peau à peau. Cette hormone favorise en effet la contraction des lactocytes – ces cellules qui produisent et stockent le lait – leur permettant de relâcher le lait vers le mamelon dès que bébé se met à téter. On dit que l’ocytocine stimule le réflexe d’éjection du lait. Il n’est d’ailleurs pas rare que des gouttes de lait s’écoulent des mamelons des mamans, lorsqu’elles sont en peau à peau avec leur bébé.

Mettre bébé en peau à peau avec sa maman dans l’heure qui suit sa naissance améliorerait considérablement les chances de réussite de l’allaitement.

Enfin, des composés volatiles sécrétés par les glandes de Montgomery situées sur l’aréole mammaire, stimuleraient naturellement l’attachement du bébé au sein et augmenteraient son appétit.

« Cela étant dit, attention aux injonctions aux jeunes mamans : le peau à peau est un outil, mais il faut être partisan du libre choix. Il n’est pas un passage obligé pour un allaitement réussi et nombreuses sont celles qui réussissent parfaitement leur allaitement sans avoir nécessairement pratiqué le peau à peau », insiste Carole Hervé. 

Soins, coliques : un antidouleur naturel

Le contact de la peau du bébé avec le torse de sa maman, et les stimulations sensorielles et olfactives qui en découlent, agissent sur le nourrisson comme un traitement non médicamenteux à la douleur. « Les sécrétions d’endorphine, de dopamine et d’ocytocine, stimulées par le peau à peau, seraient responsables de cet effet, en réduisant le stress et en augmentant le bien-être du bébé, détournant ainsi son attention de la douleur », explique Anne-Laure Benattar. Mettre le bébé en peau à peau – pendant tous les petits soins potentiellement douloureux ou désagréables – est ainsi une excellente méthode pour diminuer sa sensibilité à la douleur.

Le peau à peau est également très efficace pour soulager les coliques du nourrisson, qui toucheraient 20 à 40 % des tout-petits. 

Améliorer la récupération de la maman et sa confiance en elle

Entre l’endorphine qui diminue le stress, la sérotonine qui améliore le bien-être et l’ocytocine qui accélère l’expulsion du placenta, favorise la rétractation de l’utérus et limite les hémorragies post-partum : le peau à peau n’a pas son pareil pour aider la jeune maman à se remettre sur pied après l’accouchement, aussi bien physiquement que moralement. Les mères qui ont fait du peau à peau ont ainsi tendance à se sentir plus confiantes et plus sereines quant à leur capacité à prendre soin de leur enfant

Stabiliser la température corporelle de bébé

La proximité corporelle est très aidante pour réguler la température corporelle de bébé, qui vient très rapidement se calquer à celle de l’adulte : on parle de synchronisation thermique. Ainsi, lorsque bébé a froid, le peau à peau avec l’un de ses parents lui permet de remonter rapidement sa température corporelle. « En revanche, une étude a montré que s’il a trop chaud, seul le corps de la mère est capable de le refroidir en peau à peau », précise Carole Hervé ! 

Limiter les pleurs de bébé

Le contact direct de la peau du bébé à celle du buste de sa maman, lui confère instantanément une sensation d’appartenance et de sécurité. L’augmentation de l’ocytocine et de la sérotonine – hormones du bien-être – et la diminution du cortisol et de l’adrénaline – hormones du stress – apaisent considérablement le tout-petit, qui a tendance à être plus serein, à moins pleurer et à mieux dormir. 

La bonne position

Si la principale règle du peau à peau est que le bébé soit allongé à même la peau de la maman, quelques recommandations peuvent être suivies : « Comme pour l’allaitement, la maman est de préférence en position semi-allongée, afin de pouvoir surveiller son bébé sans avoir besoin de soulever sa tête », décrit Carole Hervé.

Le bébé est installé en position verticale au-dessus de la poitrine de la maman, sur la partie plate du buste. « Il n’est idéalement pas placé entre les deux seins de la maman – surtout s’ils sont volumineux – pour éviter les risques d’étouffement », indique la consultante en lactation, qui insiste sur le fait que le bébé doit toujours avoir le nez dégagé. Les épaules et la poitrine du bébé sont face au corps de la maman, ses jambes sont repliées et sa tête est tournée sur le côté. Et si dans l’idéal, la plus grande partie du corps du bébé doit être au contact de celle de la maman, ce contact physique très intime peut être impressionnant ou inconfortable pour certaines mamans très pudiques. « Le peau à peau peut aussi être fait habillé ou partiellement habillé : il s’apparente alors à un câlin, qui est certes un moins efficace que le vrai peau à peau, mais qui est également apaisant et sécurisant pour le bébé », indique Anne-Laure Benattar. 

Quid du bandeau ou de l’écharpe ?

Le bandeau de peau à peau se présente comme un tube de tissu, que la maman enfile sur son buste et dans lequel le bébé peut être glissé afin d’être maintenu contre la poitrine de sa mère. Le bandeau – comme l’écharpe de portage – sont particulièrement intéressants et indiqués pour les bébés prématurés, pour qui de longues séances de peau à peau quotidiennes sont préconisées.

Carole Hervé, consultante en lactation :  Les effets du peau à peau sont dose dépendants, ce qui signifie que plus il est pratiqué, plus ses bénéfices à long terme seront importants.

Avec papa aussi

Les séances de peau à peau avec bébé ne sont bien entendu pas réservées à la maman ! Elles sont même un excellent moyen pour les pères, de prendre le relais de la maman après les 9 mois de grossesse, d‘investir leur nouveau rôle de papa et de renforcer leur lien avec le tout-petit. À plus forte raison en cas d’accouchement par césarienne, après lequel la maman va devoir récupérer en salle de réveil. Côté bébé, les bénéfices sont les mêmes qu’avec la maman : réassurance, apaisement, bien-être, régulation du rythme cardiaque et respiratoire…

Peau contre peau avec bébé : jusqu’à quel âge ?

L’INNE (Institut National du Portage de l’Enfant) recommande 2 heures de peau à peau dès la naissance, puis le plus longtemps possible pendant les premières 24 heures, plusieurs heures par jour pendant la première semaine de vie, et enfin 1 à 2 heures par jour jusqu’à ce que le bébé soit âgé de 6 semaines. « Le peau à peau peut ensuite être pratiqué jusqu’à 1 an à 1 an et demi du bébé, en fonction de l’envie mais aussi de la pudeur de la maman », ajoute la thérapeute psychocorporelle. Prendront ensuite le relais les câlins, les caresses sur le visage, les massageset tous les comportements d’affection tactiles dont savent faire preuve les parents à l’égard de leur enfant. 

À même la peau pendant le bain : bonne ou mauvaise idée ?

Si le peau à peau peut être fait de façon judicieuse juste après le bain, au moment où le nourrisson est déshabillé, détendu et a besoin d’être réchauffé, il n’est en revanche pas forcément conseillé de le faire au cours d’un bain partagé avec la maman. Entre les conditions de sécurité qui seront difficilement respectées et la température de l’eau qui risque d’être très fraîche pour la maman : la séance de peau à peau sera plus agréable et surtout plus sûre après le bain !



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