Peur de l’abandon : pourquoi ? comment la reconnaître ? solutions ?

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Le syndrome de l’abandon se caractérise par une peur perpétuelle à l’idée d’être délaissé(e) ou quitté(e) par l’autre. Elle peut avoir un retentissement dans la vie professionnelle (vis-à-vis de ses collègues ou de sa hiérarchie) et dans la vie personnelle (familles, amitiés, relations de couple). L’angoisse peut même devenir omniprésente et régir le quotidien des patients, au détriment de leur santé mentale et de leurs relations. Quelles sont les causes de ce phénomène ? Comment surmonter la peur de l’abandon ? Éclairages et conseils de Manuela Braud, psychologue et docteure en sciences humaines.

Qu’est-ce que le syndrome de l’abandon ?

La peur de l’abandon n’est pas une pathologie en soit, mais « un ensemble de manifestations anxieuses relatives aux relations et à l’attachement« , indique la psychologue. Lorsque l’on souffre du syndrome d’abandon, on vit dans la crainte permanente d’être rejeté(e) et délaissé(é) par l’autre. Il s’agit bien souvent d’une peur projective : il n’y a pas de raison objective de penser que l’on va être délaissé par notre ami(e) ou notre partenaire, la source d’angoisse se trouve en nous et remonte le plus souvent à notre enfance. 

D’où vient la peur de l’abandon ?

Les causes de la peur de l’abandon dépendent de l’histoire de chacun. Pour les identifier, il faut souvent remonter à l’enfance : 

La peur d’être quitté(e) par les personnes que l’on aime fait généralement écho à une blessure d’enfance, réelle ou symbolique, indique Manuela Braud.

Autrement dit, elle peut être liée à un événement traumatisant, ou vécu comme tel, qui a altéré l’équilibre relationnel de l’enfant et fait naître un sentiment d’instabilité suivi d’une angoisse de séparation. Par exemple :

  • le manque d’attention et d’affection (réel ou ressenti),
  • des maltraitances physiques ou psychologiques,
  • le départ d’un parent qui ne donne plus de nouvelles après un divorce ou une séparation, 
  • la perte d’un parent ou d’un proche, 
  • etc.

Si la détresse de l’enfant passe inaperçue, elle peut le conduire à culpabiliser : « je suis responsable de la situation », « je ne mérite pas d’être aimé(e) », etc. Il est donc essentiel d’être attentif et de communiquer. 

Ce phénomène peut aussi être lié à des traumatismes relationnels vécus à l’âge adulte, comme une rupture amoureuse ou amicale violente, précise la psychologue. Nos fondations psychiques sont posées dès l’enfance, mais certains événements de vie peuvent les déstabiliser.

« Il est important de l’identifier le plus tôt possible, car on peut transmettre la peur de l’abandon à ses enfants !« , insiste la spécialiste. Un parent angoissé peut effectivement avoir tendance à développer une relation fusionnelle avec son enfant, ce qui peut compromettre son rapport à l’autonomie, notamment sur le plan émotionnel. Les parents doivent permettre à leur enfant à se séparer sainement, à les « abandonner ». 

Comment reconnaître un(e) abandonnique ?

Il existe deux profils d’abandonniques : certains entrent en relation, vivent dans l’angoisse et n’osent pas y mettre fin. D’autres, à l’inverse, sont très conscients de leur problématique, voire même de son origine, et préfèrent éviter ou désinvestir rapidement les relations, pour ne pas prendre le risque d’être quitté(e). 

Vous vous demandez si cela vous concerne ? Certains signes peuvent vous mettre la puce à l’oreille : 

  • vous cherchez à faire plaisir aux autres à tout prix ;
  • vous avez tendance à entretenir des relations dysfonctionnelles ou déséquilibrées ;
  • vous avez du mal à faire confiance aux autres et vous sentez facilement trahi(e);
  • vous avez des difficultés à entretenir des relations sur le long terme et il vous arrive de saboter volontairement vos relations ; 
  • vous passe rapidement d’une relation à une autre ; 
  • vous éprouvez un sentiment d’insécurité dans vos relations amoureuses et amicales ;
  • vous avez souvent besoin d’être rassuré(e) ; 
  • il vous arrive de vouloir contrôler les autres, d’exprimer de la jalousie ou de vous montrer possessif(ve) ; 
  • etc. 

Les personnes abandonniques ont souvent conscience qu’il y a quelque chose qui cloche, mais ils sont impuissants. C’est pourquoi le soutien de leurs proches et l’incitation à l’introspection sont si indispensables, remarque Manuela Braud. 

Les conséquences de l’angoisse de l’abandon

La peur de l’abandon a de nombreuses répercussions sur la vie des personnes abandonniques : une mauvaise estime d’elles-mêmes, un manque de confiance en elles, une grande anxiété (avec toutes les conséquences physiologiques), des doutes incessants alimentés par des scénarios catastrophes fictifs, une forte réactivité au stress… Elles ont constamment besoin d’être rassurées par la présence et l’amour de l’autre (dépendance affective), ce qui, sur le plan relationnel, peut s’avérer difficile à gérer pour autrui. Dans certains cas, cela vire à la jalousie maladive : l’abandonné(e) peut devenir contrôlant(e), voire se transformer en bourreau et provoquer la fuite de son partenaire. 

Les personnes qui souffrent du syndrome de l’abandon peuvent aussi développer une plus grande perméabilité aux addictions et aux troubles dépressifs, mais aussi aux troubles du comportement alimentaire (boulimie, anorexie, orthorexie, etc.). Elles ont aussi tendance à s’oublier complètement, car elles consacrent toute leur énergie à mériter l’estime de l’autre et à faire en sorte qu’il, ou elle, ne les quitte pas. 

« Une personne qui a peur d’être abandonnée peut tout accepter, y compris des violences physiques et psychologiques« , prévient la psychologue. Leur dépendance émotionnelle les rend très vulnérables aux assauts des manipulateurs et pervers narcissiques. 

Comment se débarrasser de la peur de l’abandon ?

Comme toute peur, il faut s’y confronter. Se libérer de la peur de l’abandon est un travail de longue haleine : « on ne peut pas attendre que l’autre nous rassure en permanence, ça ne fonctionnera pas, et la peur ne disparaîtra pas d’elle-même », souligne Manuela Braud. La première chose à faire est de travailler sa confiance en soi (apprendre à s’aimer pour ses qualités, et ses défauts, apprendre à identifier et à mieux gérer ses émotions, etc). 

Cela passe notamment par un suivi thérapeutique pour se dégager de l’emprise du passé et rassurer son « enfant intérieur » blessé. « Quand on a l’impression d’avoir été livré à nous-même, abandonné, trompé, trahi, et qu’on croit ne pas mériter d’attention, il faut se réhabiliter à ses propres yeux : apprendre à s’aimer soi, redécouvrir ses qualités, ses passions, etc », préconise la psychologue. On transforme ainsi le cercle vicieux en cercle vertueux. 

Plusieurs activités peuvent aussi aider à se reconnecter à soi : 



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