Noyade sèche : demêler le vrai du faux

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Qu’appelle-t-on une noyade ?

Véritable sujet de santé publique, la noyade est un accident de la vie que doivent garder en tête tous les parents d’enfants en bas âge comme plus grands, quand les beaux jours invitent à la baignade : selon Santé Publique France, rien qu’à l’été 2021, 1983 noyades ont été répertoriées en France, dont 250 suivies d’un décès. (Source 1). Mais qu’appelle-t-on noyade exactement ? Par définition, une noyade n’a pas besoin d’un grand volume d’eau pour subvenir. Selon l’OMS, c’est une détresse respiratoire aiguë, secondaire à l’immersion ou submersion dans un milieu aquatique (source 2). « Il n’y a pas différents types de noyades, comme noyade sèche, noyade humide ou noyade secondaire, comme ça a pu être dit par le passé, mais une immersion dont les conséquences neurologiques sont liées au temps passé en manque d’oxygène » définit le Dr Pierre Michelet, responsable universitaire de la médecine d’urgence d’Aix-Marseille et spécialiste du sujet.

À quel âge les enfants risquent-ils la noyade?

Si elle touche tous les âges, la noyade est un risque majeur qui concerne en priorité les enfants de moins de 3 ans « avec un pic autour des 2 ans  » rappelle le spécialiste. Un accident qui diffère un peu de la noyade chez l’adulte par son caractère silencieux.

La noyade : un accident rapide et inattendu

  • Une noyade chez l’enfant peut se produire dans très peu d’eau, « du moment que le visage peut être immergé » précise le spécialiste. Les petites piscines gonflables comme les baignoires comportent des risques.
  • Elle peut arriver dans un contexte à priori sécurisé : si les adultes se noient davantage en mer ou dans des lacs, la noyade chez l’enfant survient majoritairement dans des piscines privées et publiques, comme dans un camping, par exemple.
  • Elle ne s’entend pas. « Il faut savoir qu’un enfant de 2-3 ans ne panique pas et, contrairement à des enfants plus grands, il ne se débat pas dans l’eau » évoque l’urgentiste. À cet âge, l’enfant coule à pic, sans faire le moindre bruit.
  • Elle est fulgurante. Et son caractère silencieux fait qu’elle peut se produire à proximité immédiate des adultes, qui se baignent aussi.
  • Elle n’inonde généralement pas les bronches. Chez l’enfant, tout va vite mais quand l’eau arrive dans la sphère orl, la glotte va, par réflexe, entraîner une apnée. L’enfant va donc manquer d’oxygène, mais sans inondation des bronches, sans eau dans les poumons.

Quels sont les signes de gravité lors d’une noyade ?

Comment reconnaître le danger effectif chez un enfant qui aurait été immergé quelques secondes de trop dans l’eau et risque une détresse respiratoire, ou pire ? Les signes de gravité d’une noyade ne sont pas toujours simples à détecter par les parents, car ils ressemblent à des signes de fatigue ou de froid.

Les premiers signes de défaillance respiratoire sont par exemple :

  • Une coloration bleutée des lèvres, oreille, nez et bouts des doigts.
  • Une toux persistante.
  • Un état de fatigue, un changement de comportement notable.

La récupération au cœur de l’observation

Pour l’urgentiste, le facteur principal à observer est celui de la récupération : « Les enfants ont cette capacité étonnante à récupérer très vite : ils peuvent être bleu marine, et aller mieux en 2 minutes. » De fait, un enfant qui a bu la tasse doit retrouver un état normal (selon ce que connaissent ses parents) en 5 à 10 minutes maximum. S’il ne récupère pas dans le délai, une vraie question se pose, et il faut consulter rapidement, sous peine de risquer des séquelles neurologiques majeures. Évidemment, si l’enfant est inconscient, l’alerte doit être immédiate. 

Noyade sèche : la noyade à retardement chez l’enfant ou le bébé existe-t-elle ?

En 2017, une information anxiogène s’est diffusée très largement sur les réseaux sociaux, relayée par des parents inquiets : Frankie Delgado, un enfant de 4 ans originaire du Texas aux États-Unis serait mort subitement 3 jours après avoir bu la tasse, dans ce qui a été qualifié de noyade sèche (une noyade qui s’aggrave soudainement quelques heures ou jours après l’accident, alors que l’enfant entre temps se porte très bien). Des messages de prévention ne cessent depuis lors d’être partagés chaque été, encore aujourd’hui, sur la base de cette information, alors que l’autopsie de l’enfant révélait quelques jours plus tard une pathologie cardiaque.

Une information erronée, qui fait peur

« En réalité, la noyade sèche n’existe tout simplement pas, médicalement parlant » insiste le spécialiste, qui explique qu’un enfant qui boit la tasse, puis récupère complètement, avant de souffrir d’une insuffisance respiratoire le lendemain relève du fantasme. Les choses ne se passent pas ainsi.

Des symptômes souvent mal interprétés

En revanche, ce qui existe suite à une immersion, c’est une noyade qui se poursuit, et que l’on ne détecte pas instantanément à cause de plusieurs problèmes d’évaluation. « Bien souvent, les parents d’un enfant qui boit la tasse le sortent de l’eau, et s’il est cyanosé, mettent ça sur le compte du coup de froid. Ils le sèchent, le changent, le portent et le rassurent « tu n’es pas bien, nous allons te réchauffer » même s’il continue de tousser » relate par expérience le Dr Michelet. Or, les parents ne sont pas médecins, et ils ne se rendent pas compte que l’enfant est en train de s’épuiser. Ils paniquent quand les choses s’aggravent en quelques heures et que l’enfant entre en détresse respiratoire. » Au contraire d’une noyade sèche qui serait sortie de nulle part, l’enfant n’a tout simplement pas été pris en charge depuis son accident.

Une « fake med », oui, mais avec un effet loupe

Si la noyade sèche n’existe pas tel que cela a pu être partagé sur les réseaux sociaux, le spécialiste reconnaît toutefois une conséquence bénéfique à ce bad buzz : celui d’alerter davantage les secours en cas de doute  » « Depuis 2018, (soit l’été suivant la fausse information) il y a eu plus d’appels et de déclarations de noyades que les étés précédents. Si l’inquiétude était basée sur une information fausse, elle a probablement permis de détecter des noyades réelles en cours, et de sauver des enfants » reconnait-il.

Il n’y a pas de noyade sèche, mais un enfant qui continue de s’épuiser, sans avoir été pris en charge

Qui appeler en cas de suspicion de noyade ?

Dans un cadre public (plage, lac, camping…)

En cas de doute sur l’état de votre enfant, après une grosse tasse par exemple, ou s’il ne se remet pas instantanément, ou d’arrêt cardiaque dans le pire des cas, il ne faut pas hésiter à faire appel aux secours ou au personnel à proximité : « Nous avons en France un système de surveillance et de secours très bon et très expérimenté dans le domaine de la noyade, c’est une vraie chance » rassure l’urgentiste. Pompiers, nageurs-sauveteurs en plage, maîtres-nageurs en piscine… Faites appel à eux pour un avis médical, même s’il ne s’agit que d’un doute.

Dans un cadre privé (piscine personnelle)

Si vous redoutez une noyade, ou que vous notez un comportement étrange chez votre enfant, faites appel au SAMU (centre 15) “Dans le cas d’une suspicion de noyade, l’analyse médicale sera primordiale et le SAMU a cette compétence” appuie l’urgentiste. 

Boire la tasse est-il dangereux pour mon enfant ?

Boire la tasse, en vacances, dans une piscine… Difficile d’y échapper dans une vie d’enfant. Pour le médecin, il n’y a cependant pas lieu de paniquer outre mesure. En revanche, on peut être vigilant grâce à une règle toute simple : si un enfant boit la tasse, on le sort de l’eau. « Le seul fait d’être dans l’eau entraine des modifications des échanges dans le corps, dans le thorax de l’enfant. En bref, cela lui demande plus d’efforts pour se remettre. On sort donc l’enfant de l’eau et on l’observe : s’il retrouve son état normal dès les premières minutes, alors tout va bien. S’il ne récupère pas dans les 5-10 minutes, « on alerte ».  

De la vigilance avant tout, même (et surtout) en vacances. Voilà le principe à ne jamais perdre de vue. « Il ne faut pas penser que l’enfant va donner l’alerte ou se débattre. Un enfant qui se noie, on ne l’entend pas. » rappelle le Dr Michelet.

  • On ne quitte pas un enfant des yeux quand il y a une piscine, ou un bassin, à proximité. Il ne s’agit pas d’être seulement présent, mais de surveiller chaque seconde son enfant. Donc on évite les écrans de portable qui monopolisent le regard. On ne se déplace pas non plus quelques secondes pour préparer le barbecue.
  • Dans le même ordre d’idée, on ne se repose pas sur le fait qu’il y a du monde autour. « Dans la majorité des cas, les enfants se noient juste à côté d’autres personnes, il s’agit vraiment de ne pas perdre l’enfant de vue ».
  • Enfin, on évite absolument de mettre un enfant fragile à l’eau : s’il sort de la grippe, s’il est fatigué, s’il ne se sent pas bien, on reporte la baignade. « Car l’eau, avant d’être un loisir, est par nature un effort pour l’enfant »



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