Muséothérapie : principe, bienfaits, à qui s’adresse-t-elle ?

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Déambuler dans un musée pour rompre l’isolement social et tromper l’ennui, tout en s’imprégnant d’œuvres d’art stimulantes : telle est l’ambition de la muséothérapie. Dans la lignée de la musicothérapie, de dramathérapie ou de la danse-thérapie, elle considère le musée, ses galeries et ses collections comme un lieu de soin et de mieux-être à part entière.

En quoi consistent exactement ces visites au musée ? À qui s’adressent-elles et quels sont leurs bénéfices ? Éclairage d’Anaïs Madec-Pradoura, responsable de l’association Culture et Hôpital, et de Leslie Labbée, chargée de médiation spécialisée en muséothérapie. 

Définition : qu’est-ce que la muséothérapie ?

La muséothérapie consiste à soutenir le soin par la culture. « Il s’agit d’une méthode thérapeutique individuelle ou collective qui consiste en l’exploitation de l’environnement muséal à des fins de bien-être physique, psychologique et social. Concrètement, elle englobe la contemplation des œuvres d’art, la création artistique en atelier ou des visites guidées en compagnie de médiateurs culturels », explique Leslie Labbée. 

Origine : d’où vient la muséothérapie ?

Ce terme est apparu dans la langue française en 2016. Il a été popularisé par Nathalie Bondil, historienne de l’art et conservatrice, à l’occasion de l’inauguration de l’Atelier international d’éducation et d’art-thérapie du Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM). En réalité, il correspond à des pratiques qui ont commencé à se développer dans le monde anglophone il y a une vingtaine d’années, sous le nom de Museum in Health, souligne la chargée de médiation.

Quelle différence avec l’art-thérapie ?

L’art-thérapie et la muséothérapie se recoupent et peuvent être complémentaires. Mais contrairement à l’art-thérapie, la muséothérapie n’a pas pour but de produire une œuvre dans un but thérapeutique. Elle s’appuie sur les œuvres d’art présentes (on les observe, on les commente, etc), mais aussi sur le musée en tant que tel (on déambule, on écoute un.e médiateur.trice, etc). Précision qui a son importance : « tous les types de musées sont concernés : musées des Beaux-Arts, musées d’art contemporain, etc », précise Anaïs Madec-Pradoura.

À qui s’adresse-t-elle ?

Aujourd’hui la muséothérapie s’adresse principalement à des publics âgés, isolés, fragilisés par une maladie ou un handicap. 

« Nous intervenons surtout auprès de patient.e.s atteint.e.s de dépression ou de maladies neuro-évolutives comme la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson, mais la muséothérapie est appelée à s’adresser à tout le monde », indique Anaïs Madec-Pradoura.

Les aidants familiaux et professionnels peuvent aussi bénéficier de visites encadrées. Objectif : les aider à retrouver du temps pour eux.  

Quels sont les bienfaits de la muséothérapie ?

Comme indiqué précédemment, la muséothrérapie peut être source de bienfaits psychologiques, physiques et sociaux, dus non seulement à la contemplation des œuvres, mais aussi à « l’espace muséal ». Elle permet par exemple de prendre confiance en soi, de réduire le stress et de se sentir plus apaisé. Les visites dans les musées ont également fait leurs preuves dans la prévention et la prise en charge des liés à la démence.

« Il n’est pas question de faire disparaître une maladie en allant au musée. L’objectif est de soutenir la prise en charge médicale des patient.e.s dans le cadre d’un accompagnement global« , indique Leslie Labbée. Et de préciser :

L’état psychologique est souvent un facteur prédictif de l’évolution d’une maladie et peut impacter l’amélioration ou la détérioration de l’état physique général.

De nombreuses organisations internationales, telles que l’ICOM, l’OCDE et l’OMS ont d’ailleurs validé cette approche, soutenue par des recherches appliquées en gériatrie, désordres alimentaires, santé mentale, troubles cognitifs, etc.

Renforcer le lien aidé / aidant

Les séances de muséothérapie peuvent s’adresser uniquement aux patient.e.s, uniquement aux aidants, ou inclure des binômes aidés / aidants. « Lorsque l’un.e de nos proches est touché par une maladie, c’est toujours un bouleversement. En tant qu’aidant, on a parfois tendance à surprotéger son proche, on oublie même ce dont il est capable. Le lien devient ‘technique’ et se détériore« , témoigne la responsable de l’association Culture et Hôpital. Les séances de muséothérapie permettent alors d’offrir un espace d’échange et de redécouverte aux deux parties : au musé la parole peut se libérer et des souvenirs se rappellent aux patient.e.s. Les aidants redécouvrent alors leurs aidés sous un autre jour.

Rompre l’isolement social

Les visites collectives ou individuelles au musée permettent de lutter contre l’isolement et la solitude, aux conséquences plus que délétères. « Le risque encouru à cause de l’isolement social (relations sociales inexistantes, trop courtes ou trop irrégulières) est équivalent au risque encouru par des personnes atteintes d’obésité de grade 2 à 3, selon l’OMS« , rappelle Leslie Labbée.

Et Anaïs Madec-Pradoura d’ajouter : « Le musée a vocation à accueillir tout type de public : on se rencontre, on discute, on découvre dans un cadre sécurisé et rassurant. Cela permet aux personnes désinsérées socialement de reprendre goût au contact et de se familiariser avec des sujets d’actualité divers« . À terme, elles gagnent en autonomie, ce qui leur permet d’être visibilisées et mieux prises en compte dans ces espaces.

La muséothérapie repose sur une collaboration grandissante entre les professionnels de la santé, du milieu médical, social, associatif, universitaire et muséal. « Les patient.e.s ou les proches de patient.e.s intéressé.e.s peuvent nous contacter directement, mais la plupart du temps, les signalements nous sont faits par des soignant.e.s », indique Anaïs Madec-Pradoura. Les équipes soignantes travaillent alors en collaboration avec les membres d’association, chargés de rapporter les progrès de chacun.e. Les objectifs peuvent être multiples : travailler le lien social, travailler la marche, l’équilibre, redynamiser, etc.

C’est de la culture sur ordonnance, qui n’en porte pas encore le nom. 

Concrètement, on accompagne des groupes plus ou moins restreints pour leur faire découvrir des expositions ou de nouveaux musées. Des protocoles bien précis sont suivis en fonction des personnes présentes et de leur(s) éventuelle(s) pathologie(s). « Les intervenants doivent être spécialement formés pour accueillir des publics fragilisés et vulnérables. On a besoin d’une adaptation de la temporalité et / ou du cadre, mais surtout pas du discours. L’objectif n’est pas les infantiliser », insiste la responsable de Culture et Hôpital.

À noter : les personnes ayant des difficultés à se déplacer, ou à interagir avec les autres peuvent aussi participer à des séances de muséothérapie individuelles. « La pandémie a redistribué les cartes : pendant le confinement, les musées ont beaucoup développé le virtuel. Dans ces cas, les intervenants interagissent en visioconférence avec les patient.e.s que l’on accompagne à domicile, ne serait-ce que pour leur apporter un soutien opérationnel, et créer du lien social », explique Anaïs Madec-Pradoura. Objectif : franchir un jour barrière du virtuel et rencontrer l’intervenant.e en question. « C’est un vrai virage pour les lieux culturels qui deviennent eux aussi des partenaires de soin« , conclut-elle. 



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