Misanthropie : définition, comment savoir si on est misanthrope, qu’est-ce que cela implique ?

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misanthropie c est quoi

L’Homme est un animal social, écrivait Aristote. C’est pourquoi la misanthropie intrigue autant. « Les relations humaines sont indispensables pour notre bien-être. Nous recherchons toujours intuitivement la compagnie d’autrui », indique le Dr Isabelle Secret-Bobolakis, psychiatre et secrétaire générale de la Fédération française de psychiatrie. Comment expliquer, alors, que certaines personnes fuient leurs semblables et refusent tous liens sociaux ? On vous en dit plus sur la misanthropie. 

Définition : c’est quoi une personne misanthrope ?

Le terme misanthropie est issu du grec mîsos, qui signifie « haine », et d’ánthrôpos, qui signifie « Homme ». Il est ainsi utilisé pour désigner la haine, l’aversion, la méfiance, le mépris ou l’indifférence à l’égard de l’espèce humaine, sans aucune distinction de sexe, d’ethnie, de religion ou de nationalité. 

« Il s’agit d’un terme plus philosophique et sociologique que psychologique, précise Isabelle Secret-Bobolakis. On ne l’utilise pas dans la sémiologie psychiatrique ». En effet, la misanthropie peut être considérée comme un trait de caractère, mais pas comme un trouble en tant que tel. Habituellement, cette appellation fait plutôt référence à une posture idéologique choisie, qui a des implications sociales et comportementales. 

Quelle différence entre la misanthropie et l’anthropophobie ?

Ces deux termes sont souvent associés et pourtant… Ils n’impliquent pas du tout les mêmes mécanismes ! L’anthropophobie, aussi connue sous le nom de phobie sociale, est liée, comme son nom l’indique, à la peur des autres et des contacts sociaux. Elle induit une souffrance psychique, une angoisse tétanisante qui handicape les anthropophobes. 

La misanthropie, quant à elle, est plutôt une posture morale et philosophique, à l’image d’Alceste, dans Le Misanthrope de Molière. Les misanthropes ne souffrent pas du manque de relation avec autrui, au contraire, ils recherchent la solitude et l’isolement. 

Quel est le contraire de la misanthropie ?

 La misanthropie est tout le contraire de la philanthropie (du grec phil, qui signifie « aimer » et ánthrôpos, qui signifie « Homme »). 

Elle est souvent confondue avec la misogynie (qui n’aime pas les femmes) ou la misandrie (qui n’aime pas les hommes). Alors qu’elle fait totalement abstraction du sexe et s’applique à l’Humanité en général. 

Attention, il ne faut pas la confondre avec la psychopathie ou la sociopathie, qui, elles, sont bien des entités cliniques. 

Vous trouvez que la plupart des gens sont immoraux, irrespectueux, ingrats, hypocrites ou incompétents ? Vous ne supportez pas la présence d’autrui, les foules et les politiques vous rebutent et vous n’entrevoyez aucun espoir pour l’Humanité ? Alors vous êtes peut-être misanthrope. 

« Les personnes misanthropes ont tendance à fuir les autres. Ils n’aiment pas le genre humain et se retirent du monde sans plus de justification », explique Isabelle Secret-Bobolakis, qui précise que ce rejet de l’Humanité peut se manifester à différents degrés. Parmi les caractéristiques les plus courantes des misanthropes : 

  • un désintérêt pour les problèmes d’autrui, avec qui ils ne souhaitent pas sympathiser ; 
  • un goût pour la solitude et une tendance à s’attacher aux animaux, plus dignes d’estime et de respect ; 
  • des tendances manipulatrices : peu lui importe de profiter des autres à son avantage, puisqu’il les considère peu ; 
  • un difficulté à se conformer aux règles sociales, précisément parce qu’elles ont été mises en place par des Hommes ; 
  • un sentiment de supériorité : les misanthropes se considèrent parfois plus intelligents, plus sensibles ou plus aptes que les autres ; 
  • etc. 

Quelles conséquences ? Les misanthropes souffrent-ils de solitude ?

Les personnes misanthropes n’ont pas envie de partager avec leurs semblables et n’expriment pas beaucoup d’émotions. Est-ce que ces personnes en souffrent ? « C’est difficile à dire », répond la psychiatre. Mais la réponse s’oriente plutôt vers le non. 

« On peut considérer que la misanthropie est le symptôme d’une pathologie psychiatrique. Les patients anhédoniques, par exemple, sont incapables de ressentir des émotions positives au cours de situations pourtant traditionnellement considérées comme plaisantes. Ils ont perdu le plaisir et le goût du lien« , poursuit-elle. Une situation qui peut s’avérer néfaste sur le plan psychologique, car elle favorise l’isolement social.

Causes : d’où vient ce trait de caractère ?

Les sources de la misanthropie sont diverses. Comme l’explique le Dr Secret-Bobolakis, cette tendance peut être le symptôme d’une pathologie psychiatrique. « Dans le cadre d’un diagnostic, on prend toujours en compte le facteur social : le / la patient.e est-elle bien insérée ou au contraire en retrait social ? », souligne-t-elle. Dans ce cas, la misanthropie s’explique le plus souvent par un trouble de la personnalité schizoïde (une tendance au détachement et à un désintérêt général des relations sociales associée à une gamme limitée d’émotions dans les relations interpersonnelles) ou une certaine forme de schizophrénie. 

Certaines personnes peuvent aussi choisir d’adopter cette position pour différentes raisons : 

  • un traumatisme d’enfance (abus, maltraitances, etc) ; 
  • une lassitude liée à de multiples relations toxiques ; 
  • des idéaux politiques et sociétaux (perte de confiance en nos modèles de consommation et de société, angoisse du réchauffement climatique, etc). 

La misanthropie est-elle réversible ?

Dans le cas d’une phobie sociale, la mise en retrait peut être travaillée à l’aide de la psychothérapie d’inspiration psychanalytiques ou d’une thérapie cognitivo-comportementale (TCC), indique Isabelle Secret-Bobolakis.

« Du reste, tout dépend des personnalités et des souhaits de chacun« , conclut-elle. 



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