Intoxication alimentaire enceinte : risques, comment les prévenir, que faire ?

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intoxication alimentaire femme enceinte

Les intoxications alimentaires liées à la présence de bactéries ou de parasites impactent généralement peu les adultes en bonne santé. Les femmes enceintes, en revanche, doivent tout faire pour les éviter : leur système immunitaire est plus fragile, ce qui les rend plus vulnérables aux risques de complications. Quels signes doivent alerter ? Quand consulter ? Quelles précautions prendre au quotidien pour limiter les infections ? Le point avec Fiona Dumur, diététicienne-nutritionniste au CHRU de Lille. 

Rappel : qu’est-ce qu’une intoxication alimentaire ?

Une intoxication alimentaire désigne une réaction de l’organisme liée à la consommation d’un aliment contaminé, toxique ou d’une eau souillée. Elle peut survenir à tout âge et à n’importe quelle période de l’année. 

« Le plus souvent, il s’agit d’une bactérie (salmonelle, escherichia coli, listéria, etc), explique l’experte. Mais d’autres agents pathogènes peuvent être en cause, comme un virus, un parasite, une mycotoxine, etc ». L’intoxication se manifeste suite à une rupture de la chaîne du froid, au non-respect des règles d’hygiène ou encore au dépassement des dates de péremption. 

À noter : dans certains cas, l’intoxication fait suite à l’ingestion d’un agent toxique (plantes, champignons vénéneux, pesticides, métaux lourds, etc). On parle alors de toxi-infection. 

Que vous soyez enceinte ou non, les symptômes d’une intoxication alimentaire se manifestent en général très rapidement. « Le plus souvent les 3 heures suivant l’ingestion de l’agent pathogène, ce qui laisse peu de place au doute », rappelle Fiona Dumur. Mais ils peuvent parfois mettre jusqu’à 48 heures pour se manifester. Les symptômes les plus courants : 

  • des nausées,
  • des vomissements, 
  • et des crampes abdominales, 
  • accompagnés d’épisodes de diarrhée.

En fonction de l’agent pathogène impliqué (virus, parasite, pesticides, etc), d’autres signes peuvent alerter, notamment de la fièvre, des crampes et des céphalées en cas d’intoxication d’origine bactérienne. Des vertiges, ou un rétrécissement des pupilles (myosis) peuvent aussi être observés, en cas d’intoxication aux champignons par exemple. 

Gastro ou intoxication alimentaire enceinte ?

Les symptômes d’une intoxication alimentaire sont généralement proches de ceux d’une gastro-entérite. 

  • L’indice principal qui permet de les distinguer est la temporalité, indique la diététicienne-nutritionniste. Dans la plupart des cas, les symptômes de l’intoxication alimentaire surviennent en effet très rapidement, tandis que ceux de la gastro apparaissent au-delà de 24h après le contact avec le virus responsable.
  • Autre signe d’alerte : si l’un.e de vos proches ou l’un.e de vos connaissances présente des symptômes similaires aux vôtres peu après un repas, il s’agit sûrement d’une toxi-infection alimentaire collective (ou TIAC), ajoute-t-elle. 
  • Une prise de sang, une ponction lombaire ou des prélèvements vaginaux peuvent aussi permettre de détecter la présence de bactéries spécifiques, par exemple en cas de listériose. 

Pour rappel, contrairement à la gastro, l’intoxication alimentaire n’est pas contagieuse. Quoi qu’il en soit, si vous constatez une fièvre, des nausées, des vomissements, des diarrhées, des crampes, ou tout autre symptôme anormal qui persiste pendant votre grossesse, consultez un médecin.

Intoxication alimentaire enceinte : est-ce grave ? Quels sont les risques ?

Certaines intoxications alimentaires peuvent avoir de graves répercussions sur la santé de la femme enceinte et / ou de son enfant à naître. Trois types d’infections se démarquent principalement : la salmonellose, la toxoplasmose et la listériose. 

Salmonellose (Salmonella) : quels risques pendant la grossesse ?

La salmonellose, est provoquée par des bactéries du genre Salmonella, rappelle Fiona Dumur. Elles sont le plus souvent transmises à l’homme par le biais d’aliments contaminés et peuvent être à l’origine d’une déshydratation délétère, mais aussi d’infections inflammatoires relativement graves chez la femme enceinte (une méningite par exemple). Dans de très rares cas, les bactéries peuvent infecter le placenta et provoquer la mort du bébé in utero (source 1).

Listériose (Listeria) : quels risques pendant la grossesse ?

La listériose, elle, est provoquée par des bactéries du genre Listeria. Elle se transmet également par voie alimentaire (produits contaminés et mal conservés, non pasteurisés, non cuits, etc.). La listériose chez la femme enceinte se traduit par une fièvre plus ou moins élevée, accompagnée de maux de tête et, parfois, de troubles digestifs. Des symptômes neurologiques peuvent aussi être présents.

Si la maladie n’est pas prise en charge, ou pas repérée, les bactéries peuvent coloniser le placenta et infecter le fœtus. Conséquences ? La listériose peut entraîner une infection du nouveau-né (en particulier une méningite néonatale), une fausse couche, un accouchement prématuré ou une mort intra-utérine. Dans de très rares cas, elle peut aussi entraîner une infection généralisée du sang (septicémie) et le décès du bébé si elle n’est pas soignée à temps (source 2). 

Toxoplasmose (protozoaire) : quels risques pendant la grossesse ?

La toxoplasmose est une infection causée par un parasite appelé protozoaire, que les animaux transmettent aux Hommes. Elle n’occasionne généralement pas de symptômes : 80 % des toxoplasmoses lors de la grossesse n’entraînent aucun symptôme chez la femme enceinte, précise le site Ameli.fr (source 3). Dans le cas contraire, ils s’apparentent à ceux d’une grippe ou d’une mononucléose. 

Les femmes enceintes peuvent être contaminées en mangeant des aliments porteurs des parasites (viandes mal cuites, légumes et fruits souillés par de la terre, etc) ; en nettoyant la caisse d’un chat contenant ses déjections ou en manipulant de la terre sans porter de gants.  

Une fois contaminée, la mère peut transmettre le parasite au fœtus, et le risque augmente tout au long de la grossesse. Dans les cas les plus graves, la toxoplasmose peut entraîner une fausse couche, une mort intra-utérine, ou affecter gravement les bébés qui survivent (graves infections oculaires, anomalies de développement du cerveau, retard psychomoteur, etc).

Intoxication alimentaire durant la grossesse : quand consulter ?

Comme indiqué précédemment, pour éviter tout risque, mieux vaut consulter un médecin généraliste si les symptômes ne s’améliorent pas rapidement. En cas de symptômes alarmants comme une paralysie, une confusion mentale ou une perte de connaissance, filez aux urgences ! Vous pourrez ainsi établir avec certitude la cause de vos symptômes et suivre un traitement adapté. Le diagnostic repose généralement sur l’examen clinique et un interrogatoire détaillé portant sur vos symptômes. Des analyses de sang et d’urine peuvent aussi être demandées pour déterminer la nature de l’agent pathogène. Les analyses de selles, elles, sont généralement requises dans les cas graves d’intoxications bactériennes.

« Quelle que soit l’intensité de vos symptômes, évitez à tout prix l’automédication !« , insiste Fiona Dumur. 

Si vous êtes enceinte, votre médecin peut vous prescrire une prise de sang pour éliminer tout risque de complication qui pourrait nuire à votre santé, ou à celle de votre bébé. En cas de toxoplasmose, de toxoplasmose ou de salmonellose, un traitement antibiotique et anti-inflammatoire adapté peut être mis en place par votre médecin. 

En l’absence de signes graves, il n’existe pas vraiment de traitement pour traiter spécifiquement une infection alimentaire. Certaines options permettent toutefois d’atténuer les symptômes : 

  • du paracétamol pour soulager les douleurs (sauf contre-indication et dans le respect de la posologie) ; 
  • un antidiarrhéique, qui ne passe pas dans le système sanguin (Imodium® ou Diaretyl®, par exemple) ; 
  • éventuellement un anti-vomitif sous contrôlé médical strict, comme le Vogalene®, également prescrit en cas de nausées et de vomissements liés à la grossesse.

Pendant la grossesse, certaines règles d’hygiène doivent devenir des automatismes pour prévenir toute intoxication aux effets potentiellement dangereux. 

Quels aliments éviter pendant la grossesse ?

Pour limiter au maximum le risque d’intoxication alimentaire, il est préférable d’éviter : 

  • les fruits et légumes non lavés ;
  • la viande crue et certaines charcuteries ; 
  • les poissons et fruits de mer crus ; 
  • les œufs crus ou à peine cuits et tous les aliments qui en contiennent sous cette forme ; 
  • les produits laitiers non pasteurisés ; 
  • les fromages à pâte molle et à pâte demi-ferme, ainsi que les fromages bleus, la féta et le chèvre crémeux ; 
  • etc. 

Quelles précautions prendre en cuisine ?

Que vous soyez enceinte ou que vous cuisiniez pour une femme enceinte, ces quelques règles élémentaires permettront de limiter les risques : 

  • Lavez vos mains et les surfaces de travail à l’eau chaude savonneuse avant de cuisiner et après avoir manipulé des aliments crus ; 
  • Rincez bien les fruits et les légumes à l’eau avant de les manger crus, de les couper ou de les faire cuire ; 
  • Rincez également les fines herbes, comme le basilic, le romarin et le thym, avant de les ajouter aux mets ; 
  • Utilisez un linge propre ou du papier essuie-tout pour assécher les aliments lavés et changez souvent vos linges de cuisine ; 
  • Respectez bien la chaîne du froid en mettant le plus rapidement les aliments au réfrigérateur (réglé à 4°C maximum) et ne dépassez pas les dates de péremption. 
  • Faites bien cuire les viandes, les poissons, les fruits de mer et les oeufs avant de les manger.
  • Évitez tout contact entre les viandes crues, les œufs crus, les poissons crus, les fruits de mer crus et les autres aliments. Utilisez par exemple des ustensiles, des planches à découper et des assiettes différentes pour préparer et manipuler les aliments crus et les aliments cuits.

Toxoplasmose : des précautions particulières

Les excréments de vos chiens et de vos chats peuvent être contaminés par le protozoaire. Vos animaux de compagnie peuvent donc vous transmettre la toxoplasmose à leur insu. Pour cette raison, évitez de nettoyer la litière de votre chat vous-même, ou faites-le en portant des gants, avant de vous laver les mains précautionneusement. 

Étant donné que les excréments d’animaux contaminés peuvent aussi se retrouver enterrés dans votre jardin, il est aussi recommandé de porter des gants lorsque vous jardinez ou que vous devez toucher à de la terre ou à du sable. Pensez également à bien nettoyer les fruits et les légumes qui ont été en contact avec de la terre.



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