Faut-il arrêter de faire la grasse matinée ?

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Combien de temps faut-il dormir chaque jour pour être en forme ?

Nous ne sommes pas tous égaux face au sommeil. Si certains sont de vraies marmottes, qui ne sont capables de rien sans leurs 9 heures de sommeil quotidiennes, d’autres sont frais et dispo avec 5 heures seulement passées au lit.

Isabelle Bonnefou, spécialiste du sommeil : En moyenne, on estime que les besoins se situent entre 6 et 9 heures de sommeil par jour pour une bonne récupération. Mais il existe des petits dormeurs qui ont besoin de moins de 6 heures, et les gros dormeurs à qui il faut plus de 9 heures de sommeil chaque jour pour être en forme.

Et inutile de lutter et d’essayer d’aller contre sa nature : le besoin de sommeil est inscrit dans les gènes et se dévoile dès la naissance. « On constate que les bébés qui dorment peu restent des adultes petits dormeurs et inversement » complète Isabelle Bonnefou. Ces besoins sont définis par notre chronotype, aussi appelé horloge biologique interne.

Pour savoir dans quelle catégorie on se situe, il suffit d’observer son temps de sommeil pendant un jour de vacances. « La durée d’une nuit de sommeil type, sans avoir mis de réveil matin, correspond à peu près à nos besoins en sommeil » indique la spécialiste.

Quels sont les effets d’une dette de sommeil sur la santé ?

S’il est si important d’identifier ses besoins en sommeil, c’est que notre état de santé et de bien-être repose grandement sur son bon respect. Et s’il peut être tentant de tirer sur la corde pour distendre ses activités et réduire la plage horaire dédiée au sommeil, c’est à terme un mauvais calcul.
Il a notamment été démontré qu’une dette de sommeil qui s’installe sur la durée, était susceptible de favoriser un certains nombres de problèmes de santé : diabète, maladies cardio-vasculaires, baisse de l’immunité, dépression, cancers et maladies dégénératives. « C’est pendant le sommeil profond que le cerveau élimine les toxines qui s’y accumulent chaque jour, et sont incriminées dans l’apparition de maladies neuro-dégénératives » explique Isabelle Bonnefou, d’où l’importance de dormir suffisamment.

Faire la grasse matinée le weekend pour rattraper les nuits courtes en semaine : bon ou mauvais pour la santé ?

Tout aussi important soit le sommeil pour la santé, nos emplois du temps effrénés nous empêchent souvent de respecter les précieuses heures dont nous avons besoin, à plus forte raison pour les gros dormeurs. La tentation est alors grande de rattraper le sommeil perdu en semaine, en prolongeant de quelques heures la nuit du weekend. La grasse matinée est-elle un plaisir à bannir ou un luxe à s’accorder sans culpabilité ?

A court terme : mauvais pour les personnes qui présentent des troubles du sommeil

Nous vivons tous sous l’influence du rythme circadien d’une durée de 24 h, calé par notre horloge biologique elle-même régie par notre cerveau. « Lorsqu’on se lève le matin, on synthétise une substance appelée adénosine, qui se fixe tout au long de la journée sur des récepteurs spécifiques. Lorsque tous les récepteurs sont remplis : le sommeil vient. C’est le principe de l’homéostasie » décrit la spécialiste du sommeil.

La durée nécessaire pour synthétiser suffisamment d’adénosine pour avoir envie de dormir est fixe et ne varie pas d’un jour à l’autre : donc plus tard nous nous levons, plus tard le sommeil arrivera.

Chez les personnes qui ne souffrent d’aucun trouble du sommeil, se décaler le weekend ne sera pas un problème à court terme. En revanche, les insomniaques, auront grandement intérêt à respecter leur rythme au risque d’entretenir les troubles.
« Les personnes qui ont des problèmes de sommeil doivent être rééduquées : il faut donc traquer tout ce qui ne va pas dans leur hygiène de sommeil, et la grasse matinée en fait partie » insiste Isabelle Bonnefou.

A long terme : Des études qui se contredisent

Mais la grasse matinée ne serait pas seulement une affaire de fatigue rattrapée. Tout comme le manque de sommeil est mauvais pour la santé physique, l’irrégularité des horaires de sommeil et les matinées de repos à rallonges pourraient également avoir des conséquences sur la santé. C’est en tous cas ce que tend à démontrer une étude menée à l’Université d’Arizona aux États-Unis et dirigée par le professeur Michael A. Grandner. Les chercheurs qui ont interrogé 984 adultes entre 22 et 60 ans sur leurs habitudes de sommeil et leur état de santé. Il en est ressorti que compenser le weekend, les heures de sommeil perdues en semaine, créerait un « jet-lag » social sur l’organisme, à savoir une inadéquation entre le rythme biologique et la vie sociale. Ce jet-lag social serait, pour le corps humain, une agression comparable à celle d’un aller-retour Paris New York le temps d’un week-end. Il aurait en outre un certain nombre de conséquences néfastes sur l’organisme, et serait notamment accusé d’augmenter de 11 % les risques de maladies cardiovasculaires.
Dépression et troubles métaboliques seraient également des conséquences possibles des changements de rythme de sommeil entre le weekend et la semaine.

A l’inverse, une seconde étude menée à l’université de Stockholm sur 43 880 participants âgés de moins de 65 ans pendant une période de 13 ans et publiée dans le Wiley Online Library, arrive quant à elle à des résultats complètement différents. D’après les auteurs de l’étude « le sommeil court en semaine n’est pas un facteur de risque de mortalité s’il est combiné avec un sommeil de week-end moyen ou long le weekend ». Ce qui suggère donc que les nuit écourtées en semaine peuvent bien être compensées pendant le week-end.

Difficile donc d’avoir un avis scientifique éclairé et unanime sur le sujet épineux de la grasse matinée, mais une chose fait bien consensus chez les experts du sommeil : il est recommandé d’avoir un sommeil le plus régulier possible pour respecter son rythme biologique et éviter de cumuler des dettes de sommeil difficilement rattrapables. « Il est préférable ne pas rentrer dans un mode de compensation de dette de sommeil, et de réserver la grasse matinée à des situations exceptionnelles » renchéri la spécialiste.

Grasse mat’ : jusqu’à quelle heure c’est raisonnable ?

A partir de quelle heure parle-t-on de grasse matinée ? A quelle heure pouvons-nous nous réveiller le weekend sans craindre de dérégler notre horloge biologique ou de pâtir des éventuels méfaits des grasses matinées ?

Isabelle Bonnefou : Pour conserver une régularité dans le sommeil et ne pas risquer de se dérégler, on recommande de ne pas dépasser deux heures de sommeil supplémentaire les jours de weekend que les jours de semaine.

Si on se lève à 7h du lundi au vendredi, on tâche donc de ne pas émerger plus tard qu’à 9h le weekend, quitte à mettre un réveil matin.

Comment compenser le manque de sommeil accumulé en semaine alors ?

Alors quelle alternative existe-t-il à la grasse matinée, pour les personnes qui ne parviennent pas à dormir suffisamment en semaine ? « A choisir, il est préférable de faire une petite sieste flash, de 30 minutes maximum afin de rester en sommeil léger et de ne pas tomber dans le sommeil profond, qui empêcherait la fameuse sécrétion d’adénosine » tranche la spécialiste du sommeil.



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