Enfant-bulle : de quoi s’agit-il ? d’où vient ce déficit immunitaire ? comment le prendre en charge ?

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bebe bulle

Les enfants-bulles, ou bébés-bulles, pour les plus jeunes, sont des enfants dont le système immunitaire ne fonctionne pas – ou en tout cas pas suffisamment. En cause ? Une maladie génétique rare, appelée déficit immunitaire combiné sévère, qui touche en moyenne une naissance sur 200 000 chaque année, selon l’Inserm (source 1).   

Qu’est-ce qu’un bébé-bulle ?

Les bébés-bulles désignent des enfants dont les défenses immunitaires sont fortement affaiblies, voire inexistantes, ce qui les rend très vulnérables. Tellement vulnérables qu’ils doivent être placées dans un environnement stérile et isolé pour éviter tout risque d’infection, potentiellement mortelle. Le moindre microbe peut en effet leur être fatal. 

Comment vivent les enfants-bulles ? Et d’où vient cette appellation ?

Pour leur protection, les enfants-bulles sont placés dans des espaces confinés, séparés de leurs parents et privés de contacts (caresses, câlins, embrassades). Le premier cas – du moins le premier cas pris en charge en milieu hospitalier – remonte à une cinquantaine d’années. À l’époque, ces espaces aseptisés prenaient la forme de de bulles géantes en plastique, d’où l’appellation « bébés-bulles ». Aujourd’hui, la plupart des « bulles » ont laissé place à de grandes cabanes à air filtré, comme c’est le cas à l’hôpital Necker. 

Bébés-bulles : quelles sont les causes de ce déficit immunitaire ?

Comme indiqué ci-dessus, la plupart des bébés-bulle souffrent d’une maladie génétique appelée le déficit immunitaire combiné sévère (DICS) lié au chromosome X. Il s’agit d’un « syndrome rare, caractérisé par une absence de fonction de certaines cellules du système immunitaire, normalement chargées de protéger l’organisme des agressions microbiennes », explique l’Inserm.

Cette immunodéficience est le plus souvent innée et génétique : les cellules souches de la moelle osseuse, qui ont du mal à différencier les lymphocytes T et les lymphocytes NK. Mais elle peut aussi être liée à une anomalie dans la synthèse des cytokines. De fait, les petit.e.s patient.e.s sont très vulnérables à toute forme d’infection, même les plus bénignes, comme des infections ORL, des infections pulmonaires, des infections cutanées, etc. Leur risque de développer un cancer est aussi plus élevé. 

À noter : l’âge auquel les infections récidivantes débutent est important et éclaire sur la cause, rappelle le Dr James Fernandez dans un article paru en avril 2021 dans le Manuel MSD (source 2) : 

  • si les symptômes se manifestent avant l’âge de 6 mois, cela suggère une anomalie des cellules T, car les anticorps maternels protègent généralement pendant les premiers 6 à 9 mois.
  • si les symptômes se manifestent entre 6 et 12 mois, cela peut évoquer des anomalies combinées des lymphocytes B et T ou une anomalie des lymphocytes B, qui deviennent évidentes lorsque les anticorps maternels disparaissent (vers l’âge de 6 mois).
  • si les symptômes se manifestent dans un délai supérieur à 12 mois, cela suggère un déficit en lymphocytes B ou un déficit immunitaire secondaire.

Peut-on prévenir le déficit immunitaire combiné sévère ?

En cas de déficit immunitaire connu dans une famille, ses membres peuvent en effet réaliser une recherche du gène muté avant toute conception. Cela permet d’évaluer les risques de transmettre la maladie ou d’en être atteint. 

Mais un enfant peut aussi naître avec cette particularité sans que ses parents n’en soient visiblement atteints, par exemple : 

  • si sa mère porte, sans le savoir, un gène malade sur son chromosome X ; 
  • si l’un des parents est porteur de gènes malades récessifs (qui ne s’expriment que si le gène associé sur le deuxième chromosome est aussi muté);
  • si le gène mute pendant la formation de l’embryon.

Quelles sont les conséquences de cette défaillance immunitaire ?

La défaillance immunitaire expose les enfants aux attaques de nombreux agents pathogènes (bactéries, virus, champignons microscopiques, parasites, etc). Les enfants-bulles sont donc en proie :  

  • à un plus grand nombre d’infections ;
  • à des infections plus sévères ;
  • à un taux important de rechutes ou de récidives ;
  • à un délai de guérison plus long.

Comme indiqué précédemment, ces « symptômes » peuvent apparaître peu de temps après la naissance, ou au cours de la petite enfance, à partir de 9 à 12 mois. Dans les formes les plus légères, ils peuvent même passer inaperçus jusqu’à l’âge adulte. Mais à moyen-long terme, les personnes concernées sont plus exposées au risque de développer une maladie auto-immune, un lymphome ou un cancer.

Bébés-bulles et vaccins : des modalités particulières

Les enfants-bulles bénéficient de recommandations vaccinales particulières, appréciées, par un spécialiste en fonction du type de déficit immunitaire et des traitements en cours, rappelle le site Vaccination Info Service (source 3). En règle générale :

  • les vaccins inactivés sont recommandés avec des schémas adaptés, car leur efficacité peut être réduite ; 
  • la vaccination contre la grippe est recommandée chaque année ;
  • et les vaccins vivants atténués sont contre-indiqués. Autrement dit, les enfants-bulles ne peuvent pas être vaccinés : 
    – contre la rougeole,
    – contre les oreillons,
    – contre la rubéole, 
    – contre la varicelle, 
    – contre la fièvre jaune
    – ou contre la tuberculose. 

Par ailleurs, l’entourage proche des enfants atteints de déficits immunitaires congénitaux doit être à jour de ses vaccins pour minimiser le risque de leur transmettre une infection. 

Selon la nature et la gravité du déficit immunitaire congénital, plusieurs types de traitements peuvent soulager les bébés-bulles, comme la prise d’antibiotiques pour prévenir certaines infections ou traiter celles qui surviennent et l’administration d’immunoglobulines (anticorps), lorsque le déficit immunitaire se manifeste par un déficit en anticorps. Mais ces traitements ne sont pas curatifs. Les seuls traitements capables d’éliminer définitivement le déficit immunitaire congénital sont : 

  • la greffe de moelle osseuse, autrement dit, une greffe de cellules souches hématopoïétiques compatibles, idéalement issues d’un frère ou d’une sœur
  • et la thérapie génique, qui permet de réparer la mutation génétique à l’origine du DICS. 

À noter : la thérapie génique n’est disponible que pour un nombre très restreint de patients, dont l’état de santé ne permet pas d’envisager une greffe de moelle osseuse. 

Comment la thérapie génique a-t-elle permis de soigner des enfants bulles ?

En 1999, de premiers essais cliniques ont démontré qu’il était possible de traiter les bébés-bulles par thérapie génique, indique l’Inserm (source 4). Cette méthode consiste à prélever des cellules souches de la moelle osseuse de l’enfant-bulle, puis à corriger le gène muté grâce à un virus dont le potentiel pathologique est désactivé, avant de réinjecter ces cellules souches dans l’organisme, pour qu’elles prolifèrent et permettent au système immunitaire de fonctionner normalement. Mais ces premiers essais ont été suspendus après que certains bébés-bulles, guéris, aient fini par développer une leucémie. 

Suite au développement de vecteurs thérapeutiques plus sûrs, un nouvel essai clinique a finalement démarré en 2010. Quatre ans après, en octobre 2014, les résultats obtenus ont fait l’objet d’un article dans la revue New England Journal of Medicine (source 5). Sur neuf patients atteints de déficit immunitaire combiné sévère lié à l’X et ayant bénéficié de la nouvelle thérapie génique (cinq patients français et quatre patients américains), sept étaient alors en bonne santé. 



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