Cannabis médical : quelles maladies peut-il soigner ?

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Pourquoi utiliser le cannabis thérapeutique ?

L’expression « cannabis thérapeutique » ou « cannabis médical » désigne en fait différents médicaments contenant des cannabinoïdes, c’est-à-dire des molécules dérivées du cannabis. La plante, le chanvre, renfermerait une centaine de cannabinoïdes différents.

Les vertus anti-douleur de certains composés du chanvre

Deux des composés du chanvre intéressent plus particulièrement la médecine pour leurs vertus anti-douleur et relaxantes : le cannabidiol (CBD) et le tétrahydrocannabinol (THC). Dans le cannabis thérapeutique, on trouve soit l’un soit l’autre, soit ou mélange des deux, avec des dosages variables selon le profil du patient. « Le THC est le composé recherché par les fumeurs de cannabis pour ses effets planants et relaxants, mais c’est aussi la molécule responsable d’un risque d’addiction. Le CBD, lui, a des effets relaxants et sédatifs. Il n’a pas de potentiel addictif connu », explique le Pr Nicolas Simon, pharmacologue et addictologue au CHU de Marseille.

Plusieurs médicaments à base de cannabinoïdes déjà autorisés en France

En France, plusieurs médicaments à base de cannabinoïdes ont déjà une autorisation de mise sur le marché, (AMM). Leur accès est, cependant, extrêmement restreint :

  • Le Marinol (dronabinol) : sous forme de capsules molles, il comporte du THC de synthèse et peut être prescrit dans le cadre d’une autorisation temporaire d’utilisation (uniquement dans les centres anti-douleur) en cas de douleurs neuropathiques non-soulagées par les traitements classiques.
  • Le Sativex : autorisé depuis 2014 (mais pas encore commercialisé en France), il se présente sous forme de spray buccal. Il contient à part égale du THC et du CBD. Il peut être utilisé dans la sclérose en plaques (SEP) contre les spasmes musculaires.
  • L’Epidyolex, à base de CBD, est autorisé depuis 2019 dans certaines épilepsies rares de l’enfant.

Cannabis à des fins médicales : pour quelles maladies ?

Depuis le mois de mars 2021, le cannabis à usage médical est expérimenté en France sous l’égide de l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm). Il s’agit de tester des dérivés du cannabis chez des personnes que les traitements classiques, notamment dans des maladies graves, ne parviennent pas à soulager, donc en impasse thérapeutique. L’essai doit durer deux ans, donc jusqu’en 2023.

Au total, 3.000 patients vont en bénéficier. Tous sont triés sur le volet et correspondent à des critères bien précis. En effet, les indications retenues par l’Ansm pour cette expérimentation sont strictement définies :

  • certaines formes d’épilepsie sévère.
  • des douleurs chroniques neuropathiques rebelles (la fibromyalgie n’en fait pas partie).
  • les spasmes musculaires (spasticité) dans la sclérose en plaques (SEP) et d’autres maladies du système nerveux central.
  • des symptômes réfractaires chez les patients atteints de cancer, dans le cadre des soins de support. Dans ce domaine, l’expérimentation du cannabis thérapeutique a été élargie en avril 2022 aux personnes traitées par hormonothérapie après un cancer du sein ou de la prostate.
  • les situations de fin de vie.

Le cannabis thérapeutique peut-il être prescrit dans la maladie de Parkinson ?

La maladie de Parkinson ne fait pas partie des indications retenues dans le cadre de l’expérimentation française, faute de validation scientifique. En principe, les patients ne peuvent donc pas en bénéficier, sauf cas particulier comme l’explique le Pr Nicolas Authier, président du Comité scientifique temporaire pour le suivi de l’expérimentation du cannabis à usage médical : « Un patient souffrant de cette maladie peut être inclus pour traiter par exemple une douleur neuropathique réfractaire ou une spasticité douloureuse associée à la maladie de Parkinson ou concomittante. »

Sans attendre une évolution de la réglementation et des connaissances scientifiques, certains patients atteints de maladie de Parkinson n’hésitent pas à recourir au cannabidiol (CBD), pour atténuer des symptômes comme l’anxiété et la dépression ou les tremblements musculaires. La Fédération française des groupements de parkinsoniens rappelle cependant que le CBD ne guérit pas la maladie de Parkinson et conseille aux personnes qui seraient tentées par l’expérience de consulter leur médecin avant d’en prendre.

Cannabis médical : quelle efficacité ?

À l’heure actuelle, le cannabis thérapeutique – et plus précisément le cannabidiol (CBD) – a montré son efficacité dans certaines formes rares d’épilepsie de l’enfant. C’est la raison pour laquelle un médicament l’Epidyolex a reçu son autorisation de mise sur le marché en 2019.

En dehors de cette indication, on manque encore de preuves. Il semble que l’effet soit assez variable d’une personne à l’autre, notamment dans le traitement des douleurs chroniques. Le cannabis médical « a probablement un potentiel thérapeutique très important, mais à ce stade nous ne savons pas s’il est dû à une molécule (le CBD et/ou le THC), à un mélange de cannabinoïdes et dans quelles proportions. Ses effets sont démontrés dans certaines épilepsies de l’enfant. Il peut sans doute soulager un certain type de douleurs chroniques, mais les études ne concluent pas toutes de la même manière. Il est difficile d’en faire la synthèse », explique le Pr Simon.

Cannabis thérapeutique : quels effets secondaires ?

Chaque patient à qui l’on prescrit du cannabis thérapeutique passe par une «phase de titration», c’est-à-dire une période pendant laquelle le médecin adapte la dose de THC et/ou de CBD pour atteindre la meilleure efficacité en limitant le risque d’effets secondaires. Des consultations mensuelles permettent de faire les ajustements nécessaires.

En général, le principal effet secondaire induit par le cannabis médical est la somnolence, raison pour laquelle il est déconseillé aux patients inclus dans l’expérimentation de conduire un véhicule.

D’autres effets indésirables ont été relevés : diarrhée, palpitations, anxiété…

Cannabis médical : un risque d’addiction ?

Le cannabis thérapeutique (spécifiquement les médicaments contenant du THC) peut, chez certaines personnes, provoquer une accoutumance. Dans l’expérimentation actuellement menée, la dose de produit est adaptée pour limiter ce risque d’addiction. Les ordonnances sécurisées ne sont délivrées que pour 28 jours afin de mieux surveiller les effets secondaires et, si besoin, modifier le dosage.

Des interactions possibles avec d’autres médicaments

Enfin, il faut savoir que le cannabis médical peut interférer avec d’autres médicaments (notamment les anti-épileptiques, les anti-coagulants et les immunosuppresseurs) et modifier leur efficacité. Là encore, la prudence s’impose.

La survenue d’effets indésirables et d’interactions médicamenteuses fait d’ailleurs l’objet d’un suivi par des centres spécialisés de pharmacovigilance. Tous les événements concernant les patients inclus dans l’expérimentation du cannabis thérapeutique sont notés dans un registre. Le bilan du bénéfice et du risque du cannabis thérapeutique sera dressé en 2023.

Cannabis thérapeutique : quelles contre-indications ?

Par prudence, l’Agence nationale du médicament a exclu de l’expérimentation les femmes enceintes et allaitantes, les patients souffrant d’insuffisance cardiaque, rénale ou hépatique, ainsi que les personnes ayant des antécédents de troubles psychotiques (par exemple la schizophrénie).

Le cannabis thérapeutique tel qu’il est testé en France se présente de deux manières différentes. Sous forme d’huile, il est ingéré par voie orale. Il s’agit généralement de gouttes déposées sous la langue pour une meilleure absorption du produit. Autre possibilité : l’inhalation après vaporisation de fleurs séchées.

Le médicament ne peut, en aucun cas, être fumé. C’est un choix délibéré des autorités sanitaires, pour assurer la sécurité des patients, car la combustion d’un joint de cannabis dégage des substances cancérigènes de la même manière qu’une cigarette de tabac.

Cannabis thérapeutique, cbd médical : qui peut le prescrire ? quel médecin ?

Le cannabis thérapeutique ne peut être prescrit que par un médecin ayant suivi une formation spécifique, organisée par l’Agence nationale de sécurité du médicament.

La première ordonnance de médicament est signée par un médecin exerçant dans un service hospitalier spécialisé (plus de 200 structures de référence sont autorisées par l’Ansm). Le relais peut être pris par le médecin traitant, sous réserve qu’il ait lui aussi suivi une formation.

À l’heure actuelle en France, l’accès au cannabis thérapeutique est réservé aux patients inclus dans l’expérimentation pilotée par l’Ansm ou dans le cadre d’un essai clinique et toujours sous l’autorité de l’Agence du médicament.

Pour participer à l’expérimentation du cannabis médical, les patients doivent en faire la demande auprès de leur médecin, sachant que la décision finale d’accepter ou de refuser la personne revient à un service hospitalier spécialisé.

Cannabis thérapeutique : certaines pharmacies sont autorisées à le délivrer

Les patients inclus dans l’expérimentation peuvent, munis d’une ordonnance sécurisée valable 28 jours maximum, se procurer leur cannabis thérapeutique soit dans une pharmacie hospitalière, soit en ville dans l’une des pharmacies autorisées à délivrer ce type de produit. Le pharmacien doit remplir deux conditions : être volontaire pour participer à cette expérimentation et avoir suivi une formation au cannabis thérapeutique.

Cannabis thérapeutique : à ne pas confondre avec le CBD en vente libre

Les personnes qui cherchent à mieux dormir, à se relaxer, à soulager leur anxiété ou à soulager des douleurs musculaires se tournent de plus en plus vers des produits à base de CBD, en vente libre, que l’on peut se procurer sans ordonnance en pharmacies, en boutiques spécialisées ou dans certaines grandes surfaces. Il s’agit de produits faiblement dosés, contenant essentiellement du CBD. Seules des traces de THC (0,3 % maximum) sont autorisées. Ces produits en vente libre ne peuvent pas, à proprement parler, être assimilés à du cannabis thérapeutique.

Utilisation du cannabis médical : le bilan après un an d’expérimentation

À mi-parcours en mars 2022, soit un an après le début de l’expérimentation, l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm) a fait le point. À ce stade, 1500 patients sur les 3000 escomptés avaient pu bénéficier d’une prescription de cannabis médical. Néanmoins, un quart de ces patients était sorti de l’expérimentation, soit à cause d’effets indésirables, soit par manque d’efficacité.

Au total, l’Ansm relève que 1522 professionnels de santé participent activement à l’expérimentation du cannabis thérapeutique : des médecins spécialistes ou généralistes, ainsi que des pharmaciens exerçant à l’hôpital ou en officine.

Par ailleurs, un décret du 17 février 2022 autorise la culture de chanvre thérapeutique sur le territoire français, ce qui était strictement interdit auparavant.

Cannabis médical : les États qui autorisent son utilisation

Si la France envisage de généraliser l’usage du cannabis thérapeutique à l’issue de l’expérimentation, en 2023, d’autres pays ont déjà franchi le pas : Israël, le Canada, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Portugal, le Luxembourg, la Lituanie, le Chili, la Colombie, la Suisse, 33 Etats aux USA…



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